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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 11:29

 

Notre-dame-de-la-garde.jpg


 

S

 

i d’aventure, laissant derrière vous le Lycée Saint Charles qui a compté dans ses rangs d’enseignants Edouard Daladier, Georges Pompidou et un célèbre répétiteur d’anglais Marcel Pagnol, vous empruntiez la rue Espérandieu pour déboucher sur la place où trône superbement le Palais Longchamp, vous n’auriez sans doute pas plus la curiosité que je n’avais, jeune écolier, sur l’origine de l’appellation de cette rue.

Il faut dire qu’à l’époque j’étais plus préoccupé à laisser de longues saignées, en usant sans vergogne les semelles de mes souliers, dans le tapis de feuilles de platanes qui ornaient les trottoirs du boulevard Longchamp que de m’enquérir de l’origine du nom de la rue que j’empruntais tout les matins de classe.

Pas plus que je ne m’étonnais qu’on eut donné le nom de Jacques-Henri Espérandieu a une rue qui se terminait sans triomphe sur l’entrée du lycée construit en 1860 par un confrère moins célèbre Henri Condamin auteur entre autres édifices de la Villa Valmer, qui abrita longtemps l’Ecole d’Hydro, et de l’hôtel Grau sur la Canebière orné de magnifiques Atlantes œuvre du sculpteur Marius Guidon dont on peut aussi admirer les trois couples d'enfants portant les cartouches dédiés aux frères Imbert, à Parrocel et à Aubert dans l'escalier d'honneur du musée des beaux-arts du palais Longchamp  

Pourtant, malgré mon ignorance de l’époque, mon statut de jeune minot marseillais faisait que je portais en moi cette fierté bien singulière et parfaitement "massilienne" de pouvoir admirer sans réserve la Bonne Mère surveillant sans relâche avec son chérubin de Jésus la rade de Marseille.

J’avais aussi visité sous la direction toute militaire de ma grand-mère la cathédrale de la Major mais j’ignorais totalement que ces trois monuments était l’œuvre d’un certain Jacques Henry Espérandieu dont je voyais le nom presque quotidiennement sur une ridicule plaque bleue postée au coin de l’immeuble où logeait ma famille à l’époque.

J’ignorais aussi  qu’on lui devait l’École des Beaux-Arts, non loin du lycée Thiers (ancien couvent des Bernardines) et la statue de la Vierge dorée dont je me suis toujours étonné du curieux emplacement choisi pour l’abriter.

Comment un homme qui a si profondément et si durablement changé l’aspect de la capitale phocéenne a-t-il pu être si peu honoré par cette ville qui lui consacra, en dehors de cette bien modeste rue,  un buste, certes l’œuvre d’un grand prix de Rome André Allar mais que l’on a relégué dans la cour d’honneur de l’École des Beaux-arts, dernier ouvrage de Jacques Henry Espérandieu ?

Pourtant la carrière de ce grand architecte fut à la fois brève, flamboyante et romanesque.

Qui aurait pu prévoir en effet que cet "enfant déposé", recueilli et adopté par une riche famille de minotiers nîmois d'origine protestante, façonnerait si profondément la ville où il choisit d’exercer son art et la marque à jamais d’un monument qui en fait encore aujourd’hui sa réputation de par le monde ?

Cet artiste éclectique dont on disait qu’il avait un joli brin de voix, ami de jeunes compositeurs comme Gounod et Saint Saens, avait bien des flèches à son arc.

Il assura, par exemple, la mise en scène d’une grandiose représentation théâtrale, musicale et chorale en faveur des insurgés crétois contre la Turquie organisée en Avril 1867 à Marseille pour laquelle Frédéric Mistral avait composé les Enfants d'Orphée mis en musique par Jules Cohen.

Sa santé fragile ne lui permit pas d’aller au bout de ses rêves pour Marseille, cette ville "aux mille parfums" qu’il adorait sans réserve.

On imagine dès lors l’émotion de cet artiste lorsqu’on hissa en haut du clocher de la basilique de Notre Dame de la Garde, les tronçons confectionnés par les ateliers Christofle à Paris de la statue de la vierge à l’enfant haute de 11 mètres et pesant presque 10 tonnes et dont le sommet culmine à 225 mètres.

La "bonne mère", comme l’appellent familièrement les marseillais, est l’œuvre d’Eugène-Louis Lequesne à qui l’on doit également les quatre statues qui ornent la façade de la préfecture de Marseille.

Jacques Henry Espérandieu  était déjà bien atteint à l’époque par son diabète qui devait l’emporter quatre ans plus tard, à l’âge de 45 ans, après des mois de souffrance, presqu’aveugle et amputé de la jambe gauche.

Son attachement à ce monument, presqu’éponyme de cette ville, marqua la fin de sa courte vie au point de se faire transporter, malgré ses souffrances et sa vue chancelante, l’été qui précéda sa fin tragique, sur l'esplanade de la basilique pour passer de longues soirées à regarder Marseille. Il pouvait peut-être encore apercevoir de son perchoir la cathédrale de la major et en se retournant le splendide demi arc de cercle du palais Longchamp.

Etonnant destin d’un protestant qui laisse à la postérité l’une des œuvres les plus célèbres consacrée à la vierge Marie.


Patrice Leterrier

3 décembre 2013

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 12:43

 

Gnomon_Saint_Sulpice.jpg

Gnomon de Saint Sulpice

 

S

 

i vous prenez la rue Pythéas à Marseille en venant du quai des Belges ou après avoir admiré votre reflet sur lOmbrièreimaginée par l’architecte britannique Norman Foster, peut-être pourrez vous pousser sur votre gauche jusqu’à la façade du Palais de la bourse pour admirer la statue de ce grand navigateur scientifique et marseillais qui effectua un voyage vers les mers du Nord de l’Europe trois cents ans avant Jésus Christ.

Selon Wikipédia il est connu à la postérité pour "avoir décrit, notamment, les phénomènes polaires, les marées ainsi que le mode de vie des populations de la Grande-Bretagne et des peuples germaniques des rives de la mer du Nord, voire, peut-être, de la mer Baltique".

Winston Churchill disait rien de moins que son périple était comparable à celui de Christophe Colomb.

Ce n’était pas une galéjade marseillaise venant de ce très british et très respectable personnage qui était pourtant en général assez avare d’admiration.

Certains prétendent que c’était une sorte de Tartarin de Tarascon de l’antiquité mais si ses qualités de navigateurs peuvent être mises en doute, il n’en reste pas moins que ce savant était un admirable astronome.

Sa statue serait peut-être mieux placée sur le plateau Longchamp où trône l’observatoire, inauguré en 1872, voulu par Urbain Le Verrier pour y installer à Marseille un télescope de 80 centimètres, construit par Léon Foucault (vous savez l’homme du pendule).

Le site des Accoules qui abritait jusqu’alors l’observatoire de Marseille était bien trop petit et l'observation commençait à être gênée par les lumières de la ville.

Aujourd’hui l’observatoire de Haute Provence dont la construction fut décidée sous le front populaire en 1936, et qui se trouve à Forcalquier, a éclipsé son vénérable ancêtre.

Urbain Leverrier s’est illustré à la postérité pour avoir prédit l’existence de Neptune par ses calculs un mois avant que l'astronome Johann Galle à l'observatoire de Berlin, l’observe le 23 septembre 1846.

L’astronomie marseillaise pouvait déjà s’enorgueillir au début du 17éme siècle de deux savants provençaux, Nicolas-Claude Fabri seigneur de  Peiresc et Pierre Gassendi, dignes successeurs de Pythéas,  a qui l’on doit la découverte de la nébuleuse d'Orion (1610), et ensuite l'observation du passage de Mercure devant le Soleil (1631), puis la mise en place de la cartographie de la Lune avec l’aide du graveur Claude Mellan (1636).

Mais pour revenir à ce grand précurseur que fût Pythéas, on lui doit notamment la mesure l’obliquité de l’écliptique en maitrisant mieux que personne le maniement du gnomon.

Qu’es aquò ? dirait un marseillais qui n’aime pas en général qu’on lui assène des mots savants dont il ignore la signification.

Il est aujourd’hui trivial de voir la terre ronde et d’admirer son mouvement autour du soleil sur ces merveilleuses images que nous sert le film Gravity mais c’est oublier qu’en 1633 Galilée dut abjurer d’"avoir professé et cru que le Soleil est le centre du monde, et est sans mouvement, et que la Terre n'est pas le centre, et se meut".

Or l’obliquité de l’écliptique ce n’est rien d’autre que l’inclinaison du plan de l’équateur avec le plan de l’orbite terrestre. C’est à elle que l’on doit la variation de la durée du jour et de la nuit selon les saisons.

Notre docte ancêtre marseillais savait donc déjà non seulement que la terre était ronde mais qu’elle tournait dans un plan autour du soleil…

Sa méthode de calcul s’appuyait sur l’ombre portée mesurée par  le gnomon, un simple cadran solaire, dont la longueur dépend de la saison. Il suffit de la mesurer au solstice d’été et à l’équinoxe. La méthode de calcul est délicate et Pythéas utilisa un artifice que l’on appelle aujourd’hui les fractions continues théorisées par Christian Huygens, mathématicien et astronome hollandais.

Mais cela c’est une autre histoire… 


Patrice Leterrier

28 novembre 2013

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