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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 09:22


I

l s’appelle Rafik. Il vit misérablement à Kağıthane dans la banlieue d’Istanbul. Il est marié et père d’une petite fille Fatiha. Il n’y a pas si longtemps, il partait le matin avant que le soleil se lève. La route était longue et il lui fallait ne pas rater le vieux bus poussif qui le conduisait jusqu’à l’atelier sordide d’Üsküdar où il passait plus de 15 heures par jour pour gagner ces misérables kurus qu’on lui donnait pour s’étouffer dans une atmosphère remplie de poussières. Il passait ses journées à vieillir des jeans pour des marques dont il voyait les immenses panneaux publicitaires sur les murs d’Istanbul. Quelquefois le vendredi, il allait admirait en famille le palais de Topkapi d’où il pouvait contempler le Bosphore et la mer de Marmara. Il y a maintenant six mois qu’il ne peut plus quitter son domicile. Monter quelques marches est un vrai supplice et il ne peut plus se déplacer sans être immédiatement essoufflé. Il tousse continuellement et souvent crache du sang. Comme des milliers de ses compatriotes, il souffre de silicose. La Turquie est devenu le leader mondial du blue-jean que l’on devrait maintenant appelé "prewashed-jean"…Le ministère de la Santé turc a enfin interdit l’utilisation de sable pour blanchir les jeans que portent les jeunes européens. Il a précisé que de nombreux cas de silicose avaient été constatés chez les ouvriers travaillant dans ce secteur où on utilise du sable pour le sablage et le blanchissage des jeans. Il n'y a pas de traitement efficace contre la silicose. La pulvérisation de sable est une technique interdite depuis des années en Europe et aux Etats-Unis. La silicose est une maladie qui entraîne une inflammation chronique et une fibrose pulmonaire progressive. Elle se traduit par une réduction progressive et irréversible de la capacité respiratoire, même après l'arrêt de l'exposition aux poussières. Impossible de remonter la chaine qui va du petit sous-traitant d’Üsküdar jusqu’aux grands couturiers ayant pignon sur rue à Paris et clamant haut et fort leurs soucis écologiques et humanitaires. Il y a aussi la petite Anh dào (cela veut dire fleur de cerisier) qui vient tout juste d’avoir dix ans. Tous les matins elle se lève pour rejoindre à pieds le petit atelier où elle travaille jusqu’à plus d’heure de la banlieue d’Hô-Chi-Minh-Ville. Elle fabrique ces chaussures qu’elle ne mettra jamais elle qui marche pieds nus mais que portent de petits écoliers qui courent en riant dans les cours d’école du XVIème arrondissement de Paris. D’après l’Organisation Internationale du Travail, l'Asie compte les deux tiers des enfants qui travaillent dans le monde. On estime qu'environ un enfant sur cinq travaille, parfois dans des conditions intolérables. Elle s’appelle Denise. Elle habite un petit HLM dans la banlieue de Roubaix. Elle vit avec sa fille de 16 ans qui lui cause bien des soucis. Elle vient d’avoir 45 ans. Elle est inscrite au chômage depuis bientôt deux ans. Elle travaillait dans une petite usine qui fabriquait des sous-vêtements féminins. Seulement la concurrence de la Chine était trop rude et l’usine a fermé ses portes. Elle vient de recevoir la notification de la fin de ses droits au chômage. Elle va être incapable de continuer à payer son loyer. Rafik est brisé dans son corps et ne peut plus subvenir aux besoins de sa petite famille, Anh Dào est privée d’enfance et Denise va être condamnée à la galère. Rien n’arrêtera la course folle à la recherche de toujours plus de profit. Le monde est malade de la cupidité des hommes.


Patrice Leterrier

12 Avril 2009

(*) : Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite ou…plutôt n’a rien de fortuit mais est un des effets désastreux de la pression des fonds de pensions sur des dirigeants dociles et complices.

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 13:10

Manifestation nazie
au Luitpold arena à Nuremberg

   

N

icholas Makris et ses collègues de l'Institut de technologie du Massachusetts (MIT) ont utilisé un puissant sondeur pour comprendre ce qui déclenche la formation de gigantesques bancs de harengs dans l'Atlantique. Ils ont ainsi observé que les harengs passent en quelques heures d'une population où ils sont dispersés dans un gentil désordre totalement anarchique à un banc gigantesque où leurs mouvements sont synchronisés. Le déclencheur semble être un seuil de densité de 0,2 individu par mètre carré, associé à une baisse de luminosité, au crépuscule. De petits groupes convergent alors pour former de grands rassemblements. Du point de vue physique, ces convergences créent des ondes comparables à celles d'une "ola" dans un stade. Elles se propagent à des vitesses de l'ordre de 20 kilomètres par heure, soit beaucoup plus vite que la vitesse de nage des poissons (moins d'un kilomètre par heure). La densité de la population augmente alors à un rythme de cinq millions de poissons par kilomètre carré et par heure. Un banc de 250 millions d'individus s'étire bientôt sur une quarantaine de kilomètres et migre ensuite en direction des zones de frai. Le lendemain, lorsque la luminosité augmente, le banc repu se désagrège. On a tous assisté au spectacle fascinant de nuées d'étourneaux, qui peuvent compter jusqu'à un million d'individus, tournoyant dans le ciel. Dans les régions tropicales, des essaims de criquets, rassemblant jusqu'à plusieurs dizaines de milliards d'individus sur des centaines de kilomètres carrés, ravagent les récoltes. Peut-être étudiera-t-on un jour la formation de bancs humains? Le déclencheur peut être une situation politique qui se tend, des manifestants qui se rassemblent en apparence spontanément pour marcher vers le siège du gouvernement ou plus pacifiquement des aficionados voulant à tout prix, y compris un inconfort extrême et des conditions d’écoute insupportables, voir de très très loin leur idole et pouvoir dire "j’y étais". Il peut aussi s’agir de fidèles se rassemblant pour écouter la parole d’un prédicateur ou d’un homme politique. Le rassemblement peut être spontané ou se faire sur un signal lancé aux adeptes qui partagent au moins les mêmes goûts musicaux, les mêmes croyances ou les mêmes idées politiques. Après avoir frayé comme les harengs leurs nourritures musicales, politiques ou spirituelles, les humains se dispersent en bon ordre soit spontanément soit sous la contrainte des forces de l’ordre. Vous pouvez d’ailleurs ici remarquer tout le paradoxe de l’expression "forces de l’ordre" en l’occurrence puisque leur tâche est justement de détruire l’ordre pour créer un désordre anarchique dans la fuite ou la dispersion des manifestants. La société ne déteste rien de plus que le grégaire, l’ordre quand il s’oppose au pouvoir et à son propre ordre établi. Certains ont aussi probablement en tête ces terribles images des rassemblements nazis de Nuremberg où l’ordre était porté à son paroxysme d’uniformité, de négation de l’individuel, d’abêtissement systématique de l’homme. Tout ce qui est grégaire a quelque chose d’inquiétant dans le monde diversifié, complexe et en quelque sorte fractal où nous vivons même si le fait d’aimer ou de penser la même chose rassure…Et puis en cette année de célébration du bicentenaire de la naissance de Charles Darwin le 12 février 1809 à Shrewsbury, pouvons-nous oublier qu’une condition absolument indispensable à la survie des espèces c’est la diversité, un désordre génétique indispensable ?


Patrice Leterrier

10 Avril 2009

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 14:44

L’oubli par Margot Pitra

C

ette semaine en déclarant sa contrition médiatique à usage purement hexagonal à Dakar, Ségolène Royal a déclenché une polémique. Mais comme pour remettre un peu les idées en place sur le devoir de mémoire ou l’oubli, le pardon ou la rancœur, l’actualité s’est chargée toute seule de faire un pied de nez à cette tempête dans un verre d’eau médiatique à outrance. Hier en effet au procès de l'ex-tortionnaire en chef des Khmers rouges "Douch" (66 ans), de son vrai nom Kaing Guek Eav, l'ethnologue et écrivain français François Bizot (69 ans), membre de l'Ecole française d'Extrême-Orient et auteur d’un livre sur son expérience "Le Portail", avait raconté sa captivité pendant trois mois en 1971 au camp M-13, dans la jungle, dirigé par "Douch". S'exprimant aujourd’hui devant le tribunal parrainé par l'ONU et qui juge "Douch" pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, il a déclaré: "Il n'y a pas de pardon possible. Au nom de qui peut-on pardonner? Au nom de ceux qui sont morts? Je ne le pense pas". Rappelons que, dans un pays grand comme le tiers de la France, avant l’arrivée des Khmers la population était d’environ 9 millions d’habitants. Sous le régime de Pol Pot, entre 1975 et 1978, plus de 300 000 personnes ont été exécutées de manière individuelle ou collective et 2 à 3 millions de personnes sont mortes de maladie, de privation ou des sévices. Hier encore, la Pologne a appelé les dirigeants de l'Union européenne à lever 120 millions d'euros pour participer aux travaux de rénovation de l'ancien camp de concentration d'Auschwitz. Le premier ministre Donald Tusk a déclaré  "Sauver Auschwitz-Birkenau signifie sauver la mémoire de millions de personnes qui y ont souffert et y ont été tuées de manière bestiale [….] L'extermination ne saurait devenir un simple chapitre oublié de l'histoire de l'humanité". De 1941 à 1945, plus de 5 millions de Juifs - hommes, femmes, enfants - ont été assassinés, 3 millions en Pologne dont 1 million à Auschwitz-Birkenau. Bien sûr il ne faut pas oublier les autres victimes du nazisme : les tziganes, les homosexuels, les handicapés et malades mentaux, les noirs, les slaves soit encore un autre million de morts. Que dire des millions d’africains qui ont été victimes de la traite et de l’esclavage dont la France a reconnu enfin en 2001 qu’il s’agissait d’un crime contre l’humanité. Au fond le pardon ne concerne que la victime et ne peut être demandé que par le bourreau ou l’offenseur. Il ne peut être question de pardon par procuration comme le dit si sobrement mais si justement François Bizot. Quant à l’oubli, il y a d’abord la victime qui fait comme elle peut, pas forcément pour oublier ni pardonner, mais pour se reconstruire, pour faire quelque chose de sa mémoire. Et puis il y a l’oubli de la société, avec sa forme pathologique du négationnisme, auquel on oppose le devoir de mémoire collectif, une injonction réglementaire aux jeunes générations n'ayant pas connu ces événements d'entretenir la mémoire des victimes. Les derniers survivants de la shoah vont petit à petit disparaître comme les derniers poilus de la grande guerre. Difficile tâche que la mémoire car une sur-commémoration risque de banaliser l’horreur, de nourrir paradoxalement l’hydre immonde du négationnisme ou de culpabiliser inutilement des enfants pour qui le poids d'une telle mémoire est un bien lourd fardeau. Boris Cyrulnik dit "Notre dignité, c'est de faire quelque chose de la blessure passée, ne pas nous y soumettre et surtout ne pas entraîner d'autres enfants dans la souffrance".


Patrice Leterrier

9 Avril 2009

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 17:59

D

emander pardon est un acte fort qui engage l’offenseur qu’il le fasse pour lui-même ou comme le mandataire d’un groupe, d’une communauté religieuse, d’une organisation politique ou d’un pays. Le pardon accordé consiste à vaincre son ressentiment. Il rétablit le lien qu’avait brisé l’offense. Les psychologues affirment  que le pardon est un acte libérateur dans lequel la douleur se dissout et qui permet à l’offensé de redevenir acteur de sa vie. De qui Ségolène Royal était-elle la mandataire quand elle implore le pardon de nos amis africains? Pas de la France puisqu’elle a perdu les élections (ou alors il s’agit sa part d’une tentative de coup d’état!), pas du Parti Socialiste puisqu’elle a perdu aussi ce combat. Elle n’avait aucune légitimité, même si elle a évoqué "la confidence", en demandant "Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent ni la France, ni les Français". Il est incontestable par contre qu’elle a réussi ainsi un coup médiatique, à provoquer l’indignation de certains, à recevoir le support de Martine Aubry et probablement à rouvrir la blessure et le ressentiment des sénégalais à l’encontre de Nicolas Sarkozy, c'est-à-dire en la circonstance la voix de la France. Il s’agit avant tout d’une posture que l’on pourrait appeler une pardonitude, à moins qu’il ne s’agisse plus génériquement d’une posturitude, une façon de cristalliser sur un détail son opposition ce qui n’élève pas vraiment le débat politique déjà tellement colonisé par la médiacratie. Et une fois de plus, elle choisit de se positionner par rapport à Nicolas Sarkozy. Un peu comme si la campagne présidentielle n’était pas terminée ou alors comme si elle avait déjà commencé, ce qui paraît tout de même un peu tôt pour 2012! On peut, comme le fait Bernard Kouchner, qualifier de maladroite la formule "l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire" à l’origine de la contrition indignée de Ségolène Royal. On peut souligner qu’il ne s’agit que d’une phrase de 6 mots sortie de son contexte dans un discours de prés de 5400 mots. A contrario, on peut fustiger la suffisance intellectuelle d’Henri Guaino, auteur présumé de cet aphorisme audacieux et terriblement réducteur. Mais on peut aussi se placer sur le terrain de la politique – car c’est bien de politique qu’il s’agit - et s’attacher au fond du discours. On pourrait, comme le fait Jean Daniel dans le Nouvel Observateur, souligner les paroles fortes et inédites sur la condamnation du colonialisme : "Les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances et les coutumes de vos pères […]. Ils n’ont pas vu la profondeur et la richesse africaines, ils ont cru qu’ils étaient supérieurs, qu’ils étaient plus avancés, qu’ils étaient le progrès, qu’ils étaient la civilisation.". On pourrait aussi mettre en exergue la conclusion : "Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est préparer l’avènement de l’Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l’Europe et l’Afrique." Mais voilà, Ségolène Royal préfère passer sous silence ce dessein politique pour ne retenir que l’anecdote plus croustillante. Peut-être parce qu’elle préfère les formules cinglantes, opportunistes, vides de projet politique à la responsabilité ? La gauche a mieux à faire que rechercher l’attention des médias par des formules grandiloquentes et inconsistantes, à mieux à faire que de mettre de l’huile sur le feu aux Antilles ou ailleurs. Pour s’en persuader, il n’y a qu’à revoir l’intervention de Dominique Strauss-Kahn sur France 2. Il démontre avec talent que l’on peut être de gauche et avoir un projet politique qui n’est pas un négatif sans âme de celui de Nicolas Sarkozy. On peut aussi faire de la politique lorsqu’on est de gauche !


Patrice Leterrier

8 Avril 2009

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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 18:45

La procrastination


U

n article dans Cerveaux & psycho a enrichi mon vocabulaire d’un nouveau mot : la procrastination. Non! Rassurez-vous. Il ne s’agit ni d’un gros mot, ni d’une nouvelle molécule miracle pour faire disparaître les rides, ni d’une pilule permettant de perdre sans efforts les kilos accumulés par négligence, sous l’effet du stress ou simplement par le sournois effet de l’âge, ni encore d’une nouvelle secte prônant je ne sais quelle théorie sur l’origine du monde. Le mot vient de la combinaison des mots latins pro qui signifie pour et cras qui signifie demain. Piers Steel, de l'Université de Calgary au Canada, définit la procrastination comme le fait de retarder volontairement une action qu'on a l'intention de réaliser, en dépit des conséquences négatives. Il estime que 15 à 20 pour cent des adultes reportent régulièrement des activités qu'il vaudrait mieux exécuter immédiatement. Le pourcentage atteindrait entre 80 et 95 pour cent des étudiants de premier cycle universitaire, pour qui les agendas académiques très serrés et les nombreuses fêtes représentent des facteurs importants de risque de procrastination. L’article distincte trois types de procrastinateur: l’évitant qui se laisse distraire à la première occasion pour se détourner se sa tâche, l’indécis qui n’en finit plus de se poser la question de la meilleur façon de l’entreprendre et l’activateur qui cultive le mythe de l’efficacité dans l’urgence. Ne cherchez plus! Je me reconnais dans les trois. Mais c’est sûrement le dernier qui, en ce siècle de la vitesse, de la décision instantanée, de culte de l’intelligence supposée fulgurante, est probablement le modèle le plus valorisé. Celui du lapin de Lewis Carroll courant sans but en répétant en boucle "nous sommes en retard, en retard…", celui du fanatique qui ayant perdu ses objectifs redouble ses efforts, celui du financier qui ignorant le sens du cataclysme qui nous frappe hésite, hésite encore puis finit par agir avec l’excuse classique invoquée par le procrastinateur activateur qui explique ses erreurs par le peu de temps qu’il a eu mais qu’il s’est, en fait, donné. A travers ce trouble de la gestion du temps, nous découvrons aussi, un peu surpris, que notre notion du temps qui passe de plus en plus vite, qui reste de moins en moins, dont on manque constamment est totalement et en permanence sous l’emprise de nos émotions. La nature (ou qui vous plaira…) nous a doté de cinq sens pour réagir face à des stimuli physiques (des ondes sonores ou lumineuses, des molécules, la pression) avec des récepteurs spécifiques : les cellules ciliées de l'oreille, les cônes ou les bâtonnets de la rétine, les récepteurs des molécules odorantes, dans le nez, etc. Mais le temps? Nous plongeons dès notre naissance dans le temps, ce dieu sinistre effrayant impassible que décrit Charles Baudelaire, mais le temps reste un mystère insaisissable, éminemment scientifique en physique et infiniment subjectif pour l’homme. Pierre de Ronsard  écrivait déjà "le temps s'en va, le temps s'en va, madame; Las! Le temps, non, mais nous nous en allons.".


Patrice Leterrier

7 Avril 2009

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 17:49

Vous avez dit Tartuffe ?


L

e Figaro continuant son investigation sur les ouvrages préférés des Français, s’est penché aujourd’hui sur l’œuvre immortelle de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière. Nul doute que la modernité de son théâtre illumine encore l’actualité aujourd’hui par sa clairvoyance, son humour souvent grinçant, son désespoir en l’homme parfois pathétique mais aussi sa cruauté si réaliste. Mais il fallait choisir ! La question posée aux internautes était de désigner qui - d’entre Alceste (Le Misanthrope), Harpagon (L’Avare), Monsieur Jourdain (Le Bourgeois gentilhomme), Dom Juan, Trissotin (le pédant, Les femmes savantes), Scapin. (Valet insolent), Argan (Le Malade imaginaire), Tartuffe, Thomas Diafoirus. (Médecin péremptoire, dans Le Malade imaginaire), Frosine (l'Avare, femme d'intrigue) - était le personnage le plus actuel. Serez vous étonnés d’apprendre que c’est Tartuffe qui s’est détaché sans concurrence avec presqu’un tiers des suffrages des plus de 2000 personnes qui ont participé à ce mini-sondage. Pour enfoncer définitivement le peu de crédit que portent nos concitoyens à leurs prochains, nous trouvons juste derrière le bourgeois gentilhomme, chef d’œuvre des effets désastreux de l’argent sur le cerveau d’un homme, suivi de l’avare dont on peut mesurer l’immense abysse qui le sépare de la générosité et l’altruisme qui pourtant sont des vertus bien nécessaires en ces temps si durs pour tant de terriens qui tentent de survivre dans le plus grand dénuement.

Mais pour revenir à Tartuffe les quelques commentaires laissés par les internautes ne laissent planer aucun doute sur les cibles préférées des votants. On retrouve, pèle mêle, le fisc, les banquiers, les vedettes, les hommes et femmes politiques de tout bord, etc… On illustre une fois de plus que, pour la plupart de nos concitoyens, l’enfer c’est les autres…

Moi je dois vous avouer que je n’ai pas plus de clairvoyance sur mes propres travers et que le personnage m’a inspiré la parodie qui suit pour évoquer Bernard Madoff ou plein d’autres banquiers sans scrupule dont la liste serait trop longue à énumérer…

 

L’actionnaire (décontenancé) en Elmire

Mais des chutes de cours on nous a fait tant peur.

Madoff (ou d’autres) en Tartuffe

Je puis vous dissiper ces craintes ridicules,

Cher ami, et je sais l'art de lever les scrupules.

La Cob défend, de vrai, certains détournements;

Mais on trouve avec elle des accommodements.

Selon divers besoins, il est une science,

Pour détourner les règles en jouant l’innocence,

Et de rectifier le mal de l'action

Par la complexité de réalisation.

De ces secrets, ami, on saura vous instruire;

Vous n'avez seulement qu'à vous laisser conduire.

Donnez-moi votre argent, et n'ayez point d'effroi,

Je vous réponds de tout, et prends le risque pour moi.

Selon le Tartuffe Acte IV scène V


Patrice Leterrier

6 Avril 2009

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 19:56

G des doutes…

Pays membres ou associés au G20

C

omment ne pas être perplexe devant l’unisson de louanges qui vont du 20 sur 20 attribué par la Tribune à la "Symphonie du nouveau monde" titre grandiloquent d’Etienne Mougeotte dans le Figaro en passant par "le G20 fondateur" du journal le Monde? Je passe sur le lyrisme courtisan du rédacteur en chef du Figaro affirmant sans complexe que "le mérite en revient à Nicolas Sarkozy, qui a su ranimer l’axe franco-allemand" en parlant des mesures de régulation (liste de paradis fiscaux, contrôle des agences de notation, hedges funds, rémunérations des patrons et des traders). C’est grandiose de suffisance franchouillarde et c’est faire bien peu de cas d’Angéla Merkel. C’est surtout oublier un peu vite l’agilité d’un Barak Obama qui a su à merveille passer outre les postures provocantes et amener un consensus sans rien céder sur le fond de la position des états unis. Le succès de ce sommet vient justement du sens des responsabilités des uns et des autres (y compris bien sûr Nicolas Sarkozy) et c’est faire de la politique de comptoir que de vouloir tirer la couverture au président français pour méritant qu’il soit en l’occurrence. Ce succès est incontestablement une bonne nouvelle mais pour autant il faut comme d’habitude raison garder. Il faut consulter l’expansion pour trouver un point de vue un peu moins exalté, j’oserai dire un peu plus conséquent, avec l’interview de Philippe Dessertine, professeur de finances à l'université Paris X-Nanterre et directeur de l'IHFI, qui nous rappelle simplement que "l'accord du G20 n'amorce pas une sortie de crise". Il y a aussi le contrepied original de Jacques Attali sur son blog  qui fait dans l’analogie en écrivant que "tout se passe comme si les alcooliques anonymes, tout heureux de leurs bonnes résolutions, avaient décidé, au sortir de leur réunion, de prendre un dernier verre. Pour la route". Même si son souci obsessionnel d’originalité peut le conduire à tous les excès, il pose cependant une question fondamentale : "Comment alors  espérer résoudre une crise de la dette en augmentant   la dette ?" et il répond avec une certaine cohérence et crédibilité "A terme, par l’argent des contribuables !". On peut bien sûr lui rétorquer que c’est faire peu de cas des effets positifs d’une hypothétique confiance retrouvée et de l’effet d’entrainement d’une relance ciblée. On ne peut en tout cas que souhaiter qu’il se trompe. Sinon les générations futures auront à payer pendant des décennies les intérêts et le principal de cette immense fuite en avant à la recherche de la croissance perdue. Qui se souvient des airs contrits et impuissants du Président nous annonçant que les caisses étaient vides et de son premier ministre, ne pouvant qu’en rajouter, nous dire que la France était dans un état de quasi-faillite? Mais c’était avant la crise, avant ce tsunami de milliards d’euros apportés en garanti aux banques et déboursés pour sauver l’industrie automobile française (souhaitons que ce ne soit pas en pure perte!). Bien sûr le renforcement considérable des moyens du FMI et de la Banque Mondiale donnera des degrés de libertés qui pourront, le cas échéant, servir aux oubliés de ce sommet et singulièrement à l’Afrique Noire (voir carte ci-dessus…). Il me semble qu’il convient de saluer cet unisson avec optimisme mais circonspection. Attendons donc avec espoir mais sans vaine illusion les éventuels effets de ces mesures sur la reprise. Réjouissons-nous bien sûr de cette remarquable unanimité mais gare à la gueule de bois après ce dernier verre pour la route…


Patrice Leterrier

3 Avril 2009

 

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 21:30

L

es médias s’en sont donnés à cœur joie, oubliant un moment les salaires de patrons, les embrassades de Nicolas et d’Angela, la déprime impressionnante du marché de l’automobile aux Etats Unis et autres joyeusetés d’une actualité désespérément déprimée. Ils ont rivalisé d’imagination pour nous annoncer la reprise des vols du Concorde, une statue équestre de Nicolas Sarkozy à Puteaux, Bill Gates en futur patron de General Motors ou encore, avec un pseudo reportage scientifique à l’appui, le ralentissement de la terre du fait de la prolifération des éoliennes. La tradition du premier Avril était ainsi respectée en dépit de la morosité ambiante. Mais d’où vient cette tradition? Le chauvinisme français, qui s’approprie à peu prés toutes les traditions sauf peut-être halloween, prétend qu’elle serait liée au changement intervenue dans le calendrier en 1564 à la demande du Roi Charles IX par ordonnance royale. Le début de l'année civile n’était alors plus fixé au 1er avril comme jadis mais au 1er janvier. Les étrennes furent aussi avancées mais il reste à penser que les nostalgiques du 1er avril aient gardé l'idée de faire de petits cadeaux le jour du 1er avril et des farces. Tradition que nous connaissons toujours aujourd’hui. Voila pour la date. Pour le poisson, les avis sont divergents. On parle de marquer la sortie du signe zodiacal des Poissons, dernier signe de l’hiver, de prolonger la période du carême, où il n’était permis de manger que du poisson, ou encore de confondre le benêt en lui offrant un poisson à une époque de l’année, celle du frai, où la pêche était interdite. Une étude récente du très sérieux Royal Institution of Great Britain (souvent appelé Royal Institution) fondé en 1799 nous révèle que des fouilles récentes sur le site de Kish en Mésopotamie ont permis de retrouver des poteries avec l’image d’un poisson pendu au dos d’un prêtre et des indications permettant d’affirmer clairement qu’il s’agissait d’une tradition pour fêter le premier Nisanu qui était le nouvel an babylonien. Il commençait à l’équinoxe de printemps soit pour cette année le 20 Mars 2009. On retrouve à peu prés la datation du début d’année avant la réforme du calendrier voulu par Charles IX. Ainsi donc après avoir été à l’origine de la douzaine d’œufs et d’huitres, du nombre de mois et après deux divisions successives du nombre d’heures dans la journée, voilà que les babyloniens seraient aussi à l’origine de la farce la plus répandue sur la planète. On peut d’ailleurs trouver des traces de cette tradition dans certains textes helléniques et aussi sous la plume de Pline le Jeune. Ces textes du célèbre auteur romain sont moins connus que sa description de l’éruption du Vésuve et de la mort de son oncle Pline l’ancien à Stabies mais sont sans ambigüité sur l’existence de la tradition pour fêter le premier jour d’Aprilis. Peut-être que certains sceptiques vont hausser les épaules à la lecture de cette nouvelle bouleversante, peut-être vont-ils se précipiter sur le clavier de leurs ordinateur pour vérifier les sources de cette découverte, peut-être vont-ils seulement retourner sagement à leurs occupations habituelles ou concocter je ne sais quel tour malicieux pour leur entourage. Pour ce qui est des sources de cette nouvelle assez époustouflante, puis-je me permettre de vous éviter d’inutiles recherches puisqu’il ne s’agit, vous l’avez bien sûr compris, que de ma modeste contribution à cette tradition…du poisson d’Avril !


Patrice Leterrier

1 Avril  2009

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 22:49

I

l y a des jours où l’actualité ressemble à s’y méprendre à des tours de magie. Les médias, relayant complaisamment les hommes politiques, s’échinent à attirer nos regards, de manière à nous masquer les événements sérieux qui se déroulent sous nos yeux abusés par l’éclairage aveuglant, sur des détails somme toute secondaires. Tout le landerneau politique s’agite pour délibérer de l’opportunité de légiférer sur les bonus (qui ont déjà été supprimés comme le souligne avec malice le canard enchainé) et les stocks options des dirigeants des entreprises aidées par l’état. La remarque de Laurence Parisot soulignant qu’il aurait suffit de prévoir cette clause dans le protocole des prêts accordés n’est pas stupide. Elle aurait évité ce ramdam mais on peut aussi penser, sans faire preuve de machiavélisme pervers, qu’il est voulu pour nous détourner d’autres sujets plus en rapport avec la responsabilité des politiques. On apprend avec compassion le triste sort du plus célèbre RPC (responsable mais pas coupable) de la banque, j’ai nommé Daniel Bouton. Comment pourra-il survivre avec une retraite comprise entre 725 000 selon l’aveu de la Société Générale et 1 million d’euros selon l’Express par an ! Evidemment si on compare avec la retraite à 20 millions de dollars, accompagnée de primes en tout genre, de l’ex-PDG Rick Wagoner de General Motors on comprend son désappointement ! On comprend aussi que la règle est évidente : plus les désastres produits par les dirigeants sont importants, plus la prime de départ est énorme et plus la retraite est dorée. Et puis il vaut mieux prendre sa retraite doit se dire François-Henri Pinault, retenu par des salariés de la FNAC et de Conforama à sa sortie d'un comité européen de PPR à Paris. Décidément ce n’est pas une sinécure que d’être un patron aux commandes par les temps qui courent… Ce qui est particulièrement choquant dans cet éclairage insensé sur les dirigeants, c’est, outre qu’il rejaillit sur l’immense majorité de ceux qui s’efforcent de se battre pour créer de la richesse et des emplois, qu’il estompe complètement les vrais plaies et misères de notre pays et du monde. Cette stratégie de la diversion a déjà été utilisée par exemple pour masquer les problèmes de la psychiatrie en France en focalisant sur les quelques ratées - certes dramatiques mais marginales - de schizophrènes libérés par imprudence ou erreur. Que dire de cette ruse fanfaronne de Nicolas Sarkozy d’annoncer qu’il est prêt à faire un clash en cas de résultats insuffisants au G20 de sorte à ne pas assumer sa part de responsabilité. Non décidément ce n’est pas avec de telles ficelles, qui ressemblent à d’énormes cordages, que l’on pourra longtemps endormir nos concitoyens. Le réveil risque d’être brutal. Et puis il y a aussi cette indifférence coupable envers les grandes misères de l’Afrique (je sais je radote mais je persiste et signe !). Il faut de l’acharnement dans la recherche pour apprendre que l'épidémie de choléra au Zimbabwe a fait 4 011 morts depuis août 2008 et contaminé plus de 89 000 personnes. Qui s’intéresse à la situation au Darfour où, près d'un mois après l'expulsion par le gouvernement soudanais de treize des principales ONG, une catastrophe humanitaire se prépare ? Faut-il que les hommes politiques soient devenus bien inconséquents ou bien lâches pour nous amuser comme les empereurs romains en lâchant les lions médiatiques sur des victimes trop faciles au lieu de nous promettre la seule chose qu’il puisse tenir : de la sueur et des larmes pour affronter les dures réalités d’aujourd’hui!


Patrice Leterrier

31 Mars 2009

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 17:49

J

acques Brel, qui savait si bien la valeur du temps qui lui restait à vivre, avait écrit de magnifiques textes sur les iles Marquises où le temps s’immobilise…Aujourd’hui près d’un milliard et demi d’hommes et de femmes avancent leurs montres d’une heure en été pour la retarder d’une heure en hiver. Cette pratique avait été mise en place en France en 1975 par Valéry Giscard d’Estaing. Les défenseurs de cette mesure trouvent leurs arguments dans les économies d’énergie. En effet, pour ces disciples de l’heure mouvante, cette heure de soleil en plus le soir permettrait de réduire l'utilisation d'électricité pour l'éclairage. Selon la très officielle Ademe (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) l’économie d'électricité annuelle réalisée serait de 1,3 milliard de kWh, soit 4 % des consommations d'éclairage en France, soit encore la consommation totale d'électricité sur une année d'une ville de 200 000 habitants. Ces chiffres sont évidemment contestés par les disciples de l’heure fixe qui ont leur association la dynamique ACHED (Association française contre l'heure d'été double) qui réclame l’abandon de cette pratique réfutant les chiffres de l’Ademe, affirmant même que le "bilan énergétique est négatif" si l'on prend en compte la surconsommation totale d'énergie liée à l'augmentation des besoins de chauffage le matin au début du printemps et de climatisation les soirs d'été. Elle argue aussi les effets directs sur la santé de ce changement qualifié de contre nature. Une étude publiée par le très sérieux "New England Journal of Medecine" le 30 Octobre 2008 semble apporter de l’eau à la clepsydre de ces révoltés contre la manipulation du temps. Des chercheurs du Karolinska Institute de Stockholm en Suède ont comparé la prévalence des infarctus du myocarde dans les sept jours qui suivent le changement d’heure par rapport aux deux semaines qui précédent et aux deux semaines qui suivent. Le résultat est sans appel : le changement d’heure est un facteur aggravant du nombre d’infarctus du myocarde. Voilà une nouvelle à avoir un coup au cœur tant l’argument écologique des économies d’énergie semblait convaincant au départ. Voilà une fois de plus des citoyens déstabilisés, angoissés et à minima perplexes devant un débat de plus d’experts incapables de nous dire si deux et deux font toujours quatre ou si ça pourrait dépendre de la position de la lune, du réchauffement climatique ou de je ne sais quel autre paramètre brandi comme une preuve irréfutable de la valeur ou de l’ineptie du système."Horloge! Dieu sinistre, effrayant, impassible, dont le doigt nous menace et nous dit : Souviens-toi !" écrivait Charles Baudelaire….Parce que les babyloniens comptaient en base six, les cercles sont divisés en 360 degrés et leurs journées d’abord en six périodes. Comme ils étaient de redoutables mathématiciens, ils eurent besoin de plus de précision et divisèrent la journée en deux fois six périodes pour le jour et la nuit. Parce que les astronomes égyptiens avaient besoin d’encore plus de précision pour leurs calculs, ils divisèrent encore les périodes des babyloniens par deux. Voici pourquoi les milliards d’humains qui peuplent la terre comptent le temps sur des horloges à 24 heures et non pas par exemple en France avec un très républicain système décimal. Mais au fond six, dix, douze ou vingt-quatre heures par jour, le temps passe toujours trop vite. Chacun choisira donc son camp entre les partisans du temps fixe et les inconditionnels du mouvement estival et hivernal. Une fois de plus aucun des camps ne pourra convaincre l’autre de la justesse de ses arguments, faute d’unisson scientifique salvatrice. La Commission européenne, qui décidément se mêle de tout y compris du temps qui passe, a harmonisé les dates de changement d'heure des Etats membres en 1998 sans rendre ce système obligatoire. Allez ! Je vous laisse méditer car je sais que l’heure de sommeil volée ne me sera rendue que le 25 Octobre…alors d’ici là j’essayerai de suivre le conseil de Charles Baudelaire "Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!"


Patrice Leterrier

30 Mars 2009

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