Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 10:43

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lettrine-J.jpgerry A. Coyne publie dans les colonnes d’USA Today un article au titre accrocheur "Pourquoi vous n’êtes pas vraiment libre".
La démonstration, convaincante sur le plan intellectuel, s’appuie sur les nombreuses preuves apportées par les neurobiologistes que l’accès à la conscience n’est que l’infime partie terminale d’un processus complexe impliquant différentes aires du cerveau.
Notre décision serait prise bien avant que nous ayons conscience d’elle et donc à notre insu.
La conscience, le libre choix, et l'idée même du "moi" ne seraient que des illusions convaincantes façonnées par la sélection naturelle.
Nous ne serions donc que des sortes d’"ordinateur de viande", pour reprendre l’image de l’auteur, agissant selon les conséquences directement issues des lois physico-chimiques qui gouvernent le monde.
On est loin du point de vue défendu par Saint Augustin que "Dieu a conféré à sa créature, avec le libre arbitre, la capacité de mal agir, et par-là même, la responsabilité du péché".
L’argumentation des neurobiologistes n’est par contre pas très éloignée de celle du philosophe Arthur Schopenhauer qui défendait que le libre arbitre n’était qu’une illusion, que "le choix dans un ordre phénoménal toujours préétabli ne peut exister qu'en apparence".
S’il n’y a pas de libre arbitre, il ne peut y avoir de responsabilité et donc ni coupable ni d’ailleurs d’innocent.
Les lois de la vie en société ne se justifieraient donc pas par une sorte de sens moral universel s’imposant aux hommes "libres et égaux" mais par une nécessité évolutionniste (hasard ou nécessité ?), un pragmatisme culturel visant à la survie de l’espèce.
Même si nous suivions les conclusions de l’auteur et admettions que nous ne sommes que "des marionnettes jouant une pièce écrite par les lois de la physique", il resterait qu’une marionnette peut être libre tant qu’elle est en harmonie avec ses chaines.
Ne sommes-nous pas simplement libre, et en quelque sorte arbitre, tant que rien ni personne n'est assez puissant pour nous faire tenir pour vrai ou juste ce que nous jugeons incertain ou injuste ?
Après tout, les différentes visions scientifiques que nous avons de nous et de notre environnement - qu’elles passent par la biologie, la psychologie, la neurobiologie, la cosmologie ou même la physique et la chimie - ne sont-elles pas d’abord basées sur des axiomes que nous tenons pour vrais tant qu’ils sont cohérents dans les conséquences qu’ils impliquent ?
La fameuse équation  e=mc2 d’Einstein n’est ni vraie ni fausse mais efficace parce que ses conséquences se vérifient et n’aboutissent pas à des contradictions tout au moins tant que les neutrinos s’avèrent finalement ne pas dépasser la vitesse de la lumière.
Seulement le rêve de David Hilbert de démontrer la cohérence des théories mathématiques s’est effondré en septembre 1930, lorsque Kurt Gödel, alors âgé de 24 ans, annonça son théorème d’incomplétude démontrant qu’il existe dans toute théorie un énoncé qu’on ne peut ni démonter ni réfuter dans cette théorie.
Finalement le paradoxe scientifique du libre arbitre n’est-il pas l’énoncé indémontrable des sciences humaines ?


Patrice Leterrier
7 janvier 2012

 

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Par Patrice Leterrier - Publié dans : réflexions
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