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"La vérité émerge plus facilement de l'erreur que de la confusion" Francis Bacon
"Le moyen d'ennuyer est de vouloir tout dire" Voltaire
erry A. Coyne publie dans les colonnes d’USA Today un article au titre accrocheur
"Pourquoi vous n’êtes pas vraiment libre".
La démonstration, convaincante sur le plan intellectuel, s’appuie sur les nombreuses preuves apportées par les neurobiologistes
que l’accès à la conscience n’est que l’infime partie terminale d’un processus complexe impliquant différentes aires du cerveau.
Notre décision serait prise bien avant que nous ayons conscience d’elle et donc à notre insu.
La conscience, le libre choix, et l'idée même du "moi" ne seraient que des illusions convaincantes façonnées par la
sélection naturelle.
Nous ne serions donc que des sortes d’"ordinateur de viande", pour reprendre l’image de l’auteur, agissant selon les
conséquences directement issues des lois physico-chimiques qui gouvernent le monde.
On est loin du point de vue défendu par Saint Augustin que "Dieu a conféré à sa créature, avec le libre arbitre, la capacité de mal agir, et par-là même, la
responsabilité du péché".
L’argumentation des neurobiologistes n’est par contre pas très éloignée de celle du philosophe Arthur Schopenhauer qui défendait que le libre
arbitre n’était qu’une illusion, que "le choix dans un ordre phénoménal toujours préétabli ne peut exister qu'en apparence".
S’il n’y a pas de libre arbitre, il ne peut y avoir de responsabilité et donc ni coupable ni d’ailleurs d’innocent.
Les lois de la vie en société ne se justifieraient donc pas par une sorte de sens moral universel s’imposant aux hommes
"libres et égaux" mais par une nécessité évolutionniste (hasard ou nécessité ?), un pragmatisme culturel visant à la survie de
l’espèce.
Même si nous suivions les conclusions de l’auteur et admettions que nous ne sommes que "des marionnettes jouant une pièce
écrite par les lois de la physique", il resterait qu’une marionnette peut être libre tant qu’elle est en harmonie avec ses chaines.
Ne sommes-nous pas simplement libre, et en quelque sorte arbitre, tant que rien ni personne n'est assez puissant pour nous faire tenir pour vrai ou juste ce que nous jugeons incertain ou injuste ?
Après tout, les différentes visions scientifiques que nous avons de nous et de notre environnement - qu’elles passent par la
biologie, la psychologie, la neurobiologie, la cosmologie ou même la physique et la chimie - ne sont-elles pas d’abord basées sur des axiomes que nous tenons pour vrais tant qu’ils sont cohérents
dans les conséquences qu’ils impliquent ?
La fameuse équation
e=mc2 d’Einstein n’est ni vraie ni fausse mais efficace parce que ses conséquences se vérifient et n’aboutissent pas à des contradictions tout au moins tant que les
neutrinos s’avèrent finalement ne pas dépasser la
vitesse de la lumière.
Seulement le rêve de David Hilbert de démontrer la
cohérence des théories mathématiques s’est effondré en septembre 1930, lorsque Kurt Gödel, alors âgé de 24 ans, annonça
son théorème d’incomplétude démontrant qu’il existe dans toute théorie un énoncé
qu’on ne peut ni démonter ni réfuter dans cette théorie.
Finalement le paradoxe scientifique du libre arbitre n’est-il pas l’énoncé indémontrable des sciences humaines ?
Patrice Leterrier
7 janvier 2012