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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 17:54

 

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L

 

orsqu’on arrive par la mer à Marseille, on peut apercevoir trois monuments emblématiques de l’histoire de la cité phocéenne.

Au sud, perchée sur sa colline, Notre dame de la Garde, presqu’éponyme de Marseille, veillant depuis la fin du XIXème siècle sur le sort des marins.

A l’entrée du Port de la Joliette le Mucem, avec sa façade en dentelle, jetant une audacieuse poutre en béton comme un doigt vers le Fort Saint Jean.

Ce trait symbolique relie les vieilles pierres de la gardienne historique du Lacydon à l’architecture résolument audacieuse du nouveau temple culturel de la cité phocéenne.

Derrière on aperçoit la cathédrale Sainte-Marie-Majeure, dont la construction fut décidée par Louis Napoléon Bonaparte. Reçu par Monseigneur Mazenod et son chapitre, lors de sa visite le 26 Septembre 1852, il en posa la première pierre.

La statue de Monseigneur Belzunce, qui ne devait rejoindre qu’en 1892 le parvis de la nouvelle cathédrale, avait été placée provisoirement devant l’ancienne église : "Le saint Pasteur, les yeux levés vers le ciel les mains étendues et suppliantes, invoque pour son troupeau la miséricorde divine"(1).

Cette attitude est à l’origine d’une expression bien marseillaise.

Ne dit-on pas en effet d’invités qui arrivent les mains vides qu’ils viennent "comme Belzunce" ?

Souhaitant probablement soigner l’électorat catholique, à la veille du plébiscite du 2 décembre, le futur empereur s’adressa en ces termes à ces hôtes marseillais : "Lorsque vous irez dans ce temple appeler la protection du ciel sur les têtes qui vous sont chères, sur les entreprises que vous avez commencées, rappelez vous celui qui a posé la première pierre de cet édifice et croyez que, s’identifiant à l’avenir de cette grande cité, il entre par la pensée dans vos prières et dans vos espérances"(1).

Les marseillais ne lui en furent pas particulièrement reconnaissant : avec un taux d’abstention de 47%, ils n’apportèrent qu’une faible contribution à son avènement comme empereur lors du plébiscite.(2)

La nouvelle cathédrale fut construite selon les plans de l’architecte Léon Vaudoyer.

Sa réalisation fut reprise à sa mort en 1872 par Jacques Henry Espérandieu, qui en assurait déjà la direction des travaux et qui en avait dessiné la façade ouest

Il fut à son tour remplacé, a sa disparition prématurée en 1874, par Henri Revoil qui achevât la nouvelle cathédrale le 30 novembre 1893 soit plus de 40 ans après la pose en grand pompe de la première pierre et bien après que l’ombre de l’aigle impérial ne puisse la couvrir.

Ce fût la seule cathédrale édifiée en France au XIXème siècle.

On pourrait s’étonner de voir un monument religieux si imposant, isolé dans un lieu aussi excentré du cœur grouillant de vie de la ville.

Ce curieux positionnement est lié à l’histoire de la cité phocéenne.

Le centre historique des dévotions des marseillais se trouvait précisément près de ce promontoire qui abritât un temple à la gloire de Diane d’Ephèse à laquelle les massaliotes portaient un culte assidu dès l’origine.

Derrière ce majestueux monument au style romano byzantin, assez proche de celui de Notre Dame de la Garde, on peut apercevoir les restes de l’ancienne cathédrale datant du milieu du XIIème siècle.

Malgré ses dimensions presque ridiculement modestes face à son imposante remplaçante, c’est un superbe exemple d’architecture romane provençale construit en pierre rose des carrières de la Couronne. L’édifice a été largement amputé de deux travées lors de la construction de la nouvelle cathédrale.

Elle avait d’ailleurs vocation à être totalement détruite pour laisser le champ libre à l’imposant ouvrage qui la remplaçait mais c’était sans compter sur l’attachement des Marseillais à leur ancienne église qui firent une pétition pour la conserver.

La construction de la nouvelle cathédrale fut aussi l’occasion de découvrir les restes d’un magnifique baptistère du Vème siècle dont on peut admirer les mosaïques et la maquette au musée d’histoire de Marseille.

Plus récemment, en 2008, à l’occasion du projet Euroméditerranée, fut découverte une mosaïque polychrome du Vème siècle qui aurait appartenu à un ancien palais épiscopal bien antérieur à l’actuel évêché construit à partir de 1648 à la demande de l'évêque Arthur d'Épinay de Saint-Luc et qui est aujourd’hui le siège de l'Hôtel de police de Marseille.

La cathédrale n’est aujourd’hui guère visitée et rares sont les touristes qui se hasardent à entrer dans un édifice aussi froid, immense mais si peu accueillant.

Ma grand-mère m’y emmena alors que je n’étais encore qu’un gamin.

Je me souviens de l’air abasourdi du prêtre qui officiait lorsqu’elle l’apostropha en ces termes : "Mon père, je ne vous félicite pas ! Votre église est un vrai foutoir !". Elle n’avait pas totalement tort sur le fond mais je lui dois une de mes hontes enfantines les plus vivaces.


Patrice Leterrier

19 mars 2014

 

(1) La Major, cathédrale de Marseille Casimir Bousquet

(2) Histoire de Marseille Raoul Busquet

 

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Published by Patrice Leterrier - dans Marseille
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commentaires

papyscha 01/04/2014 17:55

Retrouvailles, pour ces pionniers, que ces photos oubliées, honteuses, nostalgiques aussi de nos salles de machine, il y a moins de quarante ans.
Si j’ai connu aussi le bac de cartes et la perforatrice de ces cartes, j’étais en un environnement ou les informaticiens perforaient eux-mêmes leurs programmes et allaient en salle machine
soumettre leur créativité au verdict de l’ogre et très souvent son dump-memory de dix kilos de papier.
Peu de temps, il est vrai, ayant migré en VT52 (1976), cet ancêtre du PC mais déjà Ethernet, localement, et TCP-IP, mondialement.
Le transfert de ces VT en salle de saisie a été long, problème de culture, sans doute mais de résistance instinctive aussi d’une profession qui allait disparaître, … comme les canuts, et les
chantiers de La Ciotat.

Patrice Leterrier 01/04/2014 18:25



J'aurai du ajouter que l'exercice physique était agrementée du transport des dump mémoire dans lesquels il fallait lire en hexa ... et puis quand on avait deux compilations par jour c'était
formidable. On avait donc intérêt à faire de la vérification syntaxique scrupuleuse avant de soumettre son job dans le flot des batchs...