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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 09:20

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Q

 

u’est-ce qui fait que le primate que nous sommes a, depuis l’origine, besoin de faire référence à une puissance divine pour expliquer l’ordre apparent du monde ?

La philosophe Susanne K. Langer résume assez bien la première des raisons de cet état de fait en affirmant que les hommes ne peuvent pas se satisfaire du chaos et que les croyances surnaturelles résolvent le problème de ce chaos en fournissant du sens.

L’expérience intuitive nous incite, dès la prime jeunesse, à séparer l’esprit du corps.

Nous pensons posséder un corps plutôt que de réaliser, du moins intuitivement, que nous sommes un corps.

La tradition dualiste incarnée par René Descartes permet d’envisager des corps sans esprit, des animaux conçus comme des «machines» mais aussi des esprits sans corps donnant par exemple un monde rempli d’esprits, plus tardivement dans la tradition chrétienne et musulmane un Dieu omnipotent et dans toutes les religions un sens à la mort depuis des millénaires comme en témoignent les rites funéraires que nous partagions déjà avec l’homme de Neandertal.

Le psychologue américain William James souligne que le sentiment religieux, le rapport à Dieu n’est pas le même pour tous.

Dieu, du moins dans toute les religions monothéistes, est par définition inconnaissable, il est «caché», comme l’écrit Pascal.

Dès lors le mystique absolu n’aura pas la même relation à Dieu que le croyant qui y trouve un réconfort moral, des valeurs ou encore un modèle de conduite, ni que l’intégriste pour qui la croyance est la soumission inconditionnelle au dogme.

Au final le succès des religions n’est pas réductible à un insaisissable sentiment religieux mais englobe un vaste champ d’émotions et de représentations mentales qui ont probablement contribué au succès évolutif d’Homo sapiens.

L’adhésion à une pratique religieuse couvre aussi une grande diversité de motivations.

Pour certains c’est la recherche d’appartenance, d’intégration à un groupe de croyants qui apporte un soutien psychologique et social.

D’autres y trouvent un sens à la vie, une raison d’être.

Certains recherchent une véritable intimité, une impression d’être en relation personnelle avec Dieu apportant des expériences émotionnelles fortes qui provoquent un vif sentiment de plaisir et de valeur personnelle, une sorte de sublimation de la réalité.

De nos jours la conversion à l’Islam de certains jeunes en errance est souvent motivée par un rejet du christianisme, la religion des anciens pays colonisateurs, au profit d’une religion vécue comme la religion des opprimés, des laissés pour compte de notre société.

L’appartenance est moins motivée par une analyse souvent plus que sommaire des textes sacrés que par la volonté d’appartenir à un groupe qui refuse la domination d’un monde sans majuscules, comme le dit Régis Debray, un monde dominé par «matérialisme, corruption, et décomposition» comme l’affirme Pierre Hassner, un monde où les valeurs s’effacent devant la toute-puissance de l’économie, un monde où 1% de la population détiendrait 50% de la richesse.

Elle donne le sentiment rassurant d’appartenir à une élite. Elle justifie l’intolérance, et la lutte contre le mal.

Freud faisait déjà remarquer qu’on devient fanatique pour combattre une insécurité, une peur du monde extérieur, un sentiment d’impuissance que l’on refuse de s’avouer et d’assumer.

Au nom du bien, de la conformité aux idéaux islamistes, lecture plus que discutable du Coran, se trouvent légitimés et même sacralisés le terrorisme et la violence guerrière.

L’«autre», qui ne reconnaît pas LA vérité, n’est plus tolérable. La critique est vécue comme une blessure narcissique, un désaveu de la sacralisation des croyances.

La religion sombre dans le fanatisme engloutissant toutes les valeurs démocratiques, toute altérité, devenant un refuge vertigineux dont la seule issue semble être le sacrifice de sa vie.

Doit-on rappeler que c’est au nom de dieu que l’on a probablement tué le plus grand nombre d’hommes dans l’histoire de l’humanité ?


Patrice Leterrier

21 Janvier 2015

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Published by Patrice Leterrier - dans réflexions
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