Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 09:17

 


 



L

es cartables sont trop lourds et les têtes encore trop légères, toutes embrumées de rêves de vacances, de grasses matinées et de soirées interminables.

Ce n’est certes plus le temps des capuchons noirs et pointus décrit par Maurice Fombeure ni celui des murs que les orphelins, comme Jean-Luc Lahaye, longeaient en casquettes à galons dorés et capotes à boutons dorés.

 

 

Mais on retrouve malgré tout, avec un peu de nostalgie pour ce temps à jamais disparu pour nous, ces joyeux cris et murmures dans la cour des enfants qui revoient leurs copains et copines, découvrent leurs nouvelles classes, pour certains leurs nouvelles écoles et en général leurs nouveaux professeurs, qui ont souvent autant le trac qu’eux sinon plus pour ceux qui débutent.

Nos chers chérubins vont aussi retrouver ou découvrir le temps de la comparaison, des notes, des félicitations pour certains et des humiliations pour d’autres, l’apprentissage de ce rituel immuable de la confusion si détestable entre l’être et le savoir.

Et la question récurrente et jamais vraiment tranchée de savoir comment noter et à quoi ça sert ? Comment faire le juste compromis entre la volonté d’évaluer objectivement, ou a minima honnêtement, la valeur d’un travail (et non d’un enfant) et la nécessité de s’inscrire par cet acte de jugement dans une dynamique au risque autrement d’enfermer trop rapidement les élèves dans des catégories qui finissent par devenir des destins?

C’est aussi l’inévitable et sempiternelle question des parents "alors, tu as eu des notes aujourd’hui ?". Ces notes, lorsqu’elles ne sont pas conformes à leurs attentes souvent jusqu’au-boutistes, peuvent devenir très facilement un facteur de détérioration de la relation, un élément de dramatisation et une source d’angoisse. Certains parents ont parfois tendance à résumer l’apprentissage scolaire à une succession de notes sur un bulletin et à y trouver parfois des raisons de fierté souvent mal placée ou au contraire des raisons de critiquer l’incurie de ces professeurs décidément incapables de transformer leur chrysalide d’enfant en papillon.

Les notes sont d’abord un instrument social puisqu’elles visent à comparer des performances. Mais pourquoi dès le plus jeune âge l’homme ressent-il le besoin de se comparer aux autres ?

Fabrizio Butera et Dominique Muller, cités dans un article publié en janvier 2004 dans la revue Pour la Science avaient tenté d’y répondre. Dans les années 50 le psychologue américain Léon Festinger a observé méthodiquement ce phénomène appelé comparaison sociale, un mécanisme profondément enraciné dans le comportement humain qui le pousse à évaluer ses opinions et ses compétences. Il s’agirait d’une fonction adaptative acquise au cours de l’évolution car une mauvaise estimation de ses compétences pouvait avoir des conséquences désastreuses comme par exemple le fait de sous-estimer un obstacle et de trébucher alors qu’on est poursuivi par un ennemi ou une bête sauvage.

Mais l’éclairage le plus intéressant apporté dans cet article est sûrement l’étude réalisé par Pascal Huguet et ses collègues du laboratoire de psychologie sociale et cognitive d’Aix en Provence. ils nous apprennent qu’en milieu scolaire la comparaison faite avec des camarades aux performances légèrement supérieures est celle qui permet une meilleure progression au cours de l’année scolaire alors que de se comparer au premier de la classe décourage la plupart des élèves.

Au fond il s’agit d’une attitude assez raisonnable qui consiste à essayer d’atteindre une cible lorsqu’elle parait à notre portée et de ne pas viser plus haut que ses possibilités ou plus prosaïquement qu’une partie charnue de son anatomie ce que les parents rêvent trop souvent de faire pour leur progéniture…


Patrice Leterrier

4 Septembre 2009

Fichier PDF 

Partager cet article

Repost 0
Published by Patrice Leterrier - dans Sociologie
commenter cet article

commentaires