Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 17:50

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U 

ne étude , publiée par des chercheurs de l’Université Concordia, de l’Université de Montréal et d’HEC Montréal (citée par Michel Alberganti sur son blog Globule et Télescope), fait apparaître que l’attachement contraint des employés à leurs entreprises peut conduire à une forme d’épuisement psychique.

Alexandra Panaccio, coauteure de l’étude écrit "les employeurs devraient peut-être tenter de minimiser chez leurs salariés l’engagement “par manque de choix”".

La question n’est évidemment pas de mettre en cause ce vœu pieux mais de regarder combien la dureté des temps a modifié la donne dans l’entreprise et sur le marché du travail.

Le chômage ne touche plus seulement le personnel sans qualification et les vieux que l’on souhaite pousser dehors.

Aujourd’hui même les cadres jeunes et bien formés sont menacés.

La pression permanente des actionnaires qui ont pris le pouvoir dans l’entreprise, la concurrence exacerbée par la mondialisation qui se moque bien de la pérennité de notre modèle social, le renchérissement des matières premières et des énergies fossiles, la frilosité des banquiers, tout concourt, au contraire, à augmenter ce sentiment de “manque de choix”.

Il semble arranger, dans un premier temps, des employeurs terrorisés par les actionnaires et libérés ainsi de la peur de perdre leurs meilleurs éléments et donc de la nécessité d’avoir une conception des relations humaines motivante et des politiques salariales incitatives.

Alexandra Panaccio ajoute «Il se pourrait qu’en l’absence d’un lien émotionnel avec l’entreprise, l’attachement par obligation soit vécu comme une forme d’endettement – une perte d’autonomie qui finit par être émotionnellement épuisante au fil du temps».

Quel piètre motivation que ce sentiment d’endettement alors que nous savons que notre seule chance de faire face à la montée en puissance des pays - dont ont continue à dire qu’ils sont émergeants alors qu’ils nous submergent littéralement – c’est la recherche et l’innovation.

Les entrepreneurs, s’il en reste encore quelques uns aux manettes, savent pourtant combien il est antinomique de faire cohabiter épuisement psychique et curiosité, culot, anticonformisme, droit à l’erreur qui sont des clefs essentielles de la créativité et donc de l’innovation.

Michel Alberganti cite dans son article le Baromètre Ipsos Edenred sur le "Bien-être au travail et la motivation des salariés français" qui indique que "si les salariés Français s’affichent comme les recordmen de la démotivation (40%, +2), le constat est plus mitigé : 86% se disent ainsi en parallèle «heureux dans leur travail » et «fiers de leur travail»".

Cette constatation est la plus sévère et la plus grave condamnation des dirigeants français puisqu’elle démontre- ce que l’on soupçonnait avec le taux de suicide dans des entreprises comme Renault ou France Télécom – que les lignes de management, pressées par des objectifs souvent contradictoires et irréalisables, ont complètement perdu de vue que les premiers "actifs" d’une entreprise, les seuls créateurs de valeur, ce sont les collaborateurs et qu’on ne peut pas sans risque pour le devenir même des entreprises les désespérer indéfiniment.

La bonne nouvelle étant que, malgré ces conditions souvent effroyables, ils n’ont pas perdu leur fierté et leur goût pour leur travail, ce qui laisse supposer que la situation pourrait être réversible pour peu que, ne serait-ce que par intérêt, les dirigeants oublient un peu les actionnaires et reconnaissent mieux leurs salariés, ce qui - in fine - pourrait aussi être dans l’intérêt des actionnaires…


Patrice Leterrier 

5 avril 2012

 

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Par Patrice Leterrier - Publié dans : Société
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Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 14:21

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S

ur Slate.fr, Claire Levenson plaide pour "une utilisation décomplexée du mot noir".

Qu’adresse donc le mot noir ? Une culture, une communauté, une histoire ?

Dans son livre Le sanglot de l’homme noir, Alain Mabanckou écrit "il n’est pas exagéré d’affirmer que c’est le blanc qui a inventé le Noir" et il ajoute "qu’y a-t-il d’offensant dans les mots "Noir" ou "Nègre" pour que les remplaçât plus tard par le terme anglophone "Black", À chaque époque son vocabulaire et sa manière d’édulcorer les concepts".

L’ambigüité du mot n’est certes pas levée par sa substitution par "black" mais il reste confusément comme la marque d’une différence qui va dans l’esprit de celui qui l’emploie bien au-delà de la couleur de peau.

Une histoire ?

L’histoire de l’homme noir reste indissociable en France de celle de l’esclavage et de la période du colonialisme triomphant.

L’exposition sur les zoos humains au musée du Quai Branly rappelle la construction dans l’imaginaire collectif de la notion de sauvage et du rôle civilisateur de l’occident dont le point culminant fut certainement l’exposition colonial de 1931 à Paris.

Victor Schœlcher écrivait déjà "tout homme ayant du sang africain dans les veines ne saurait jamais trop faire dans le but de réhabiliter le nom de nègre, auquel l’esclavage a imprimé un caractère de déchéance"

Une communauté ?

La vérité est qu’en France la communauté noire n’a aucun sens puisqu’elle est, entre autres, le résultat de "stratégies politiques du pays d’accueil pendant certaines périodes sombres".

Les français "noirs" regroupent aussi bien les descendants des esclaves de l’époque de l’or blanc dans les îles du vent, ceux des tirailleurs sénégalais et autres enrôlés plus ou moins "volontaires" qui ont joué le rôle de chair à canons lors de la première guerre mondiale.

Il y a aussi les descendants des anciens "indigènes" de l’époque coloniale ayant choisis la France et encore des "vrais" immigrés africains à la recherche d’une vie meilleure.

Mais on doit également compter, comme l’écrit Alain Mabanckou, les "nouvelles générations qui n’ont plus rien à voir avec le continent noir mais qui estiment qu’on ne les reconnaît pas dans le pays où elles sont nées".

Une culture ?

Après la seconde guerre mondiale, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas voulaient donner à la négritude une identité culturelle face à la volonté réductrice et intégratrice de la politique française dont on voit aujourd’hui encore les séquelles dans nos départements d’outre-mer.

Le mouvement s’inscrivait dans un désir de différence affirmée mais adressait des réalités diverses et une époque particulière qui précéda la décolonisation.

La négritude était un concept politique qui recouvrait un kaléidoscope, point de rencontre de la langue française avec des cultures d’origine diverses.

Qu’y a-t-il d’autre de commun culturellement que l’usage de la langue française entre un descendant d’un togolais, d’un sénégalais, d’un Ivoirien ou encore un noir martiniquais d’aujourd’hui ?

Le français noir ne peut guère revendiquer une culture noire commune du moins pas plus qu’un français, un italien ou encore un allemand peuvent résumer leurs racines culturelles à une "blanchitude".

Un jour peut-être on pourra dire noir comme on dit blanc, blond, roux, brun, yeux bleus mais aujourd’hui encore l’adjectif noir est porteur d’une connotation qui va bien au-delà de la couleur de la peau et ce n’est pas l’emploi de "black" ou "issu de la diversité" qui balaie le contenu sous-jacent du terme.


Patrice Leterrier 

26 Mars 2012

 

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Par Patrice Leterrier - Publié dans : Sociologie
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Vendredi 23 mars 2012 5 23 /03 /Mars /2012 21:29

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L

’information a failli faire un buzz aussi important que celui des neutrinos supralumniniques sur internet : Un hollandais a posté une vidéo qui le montrait volant comme un oiseau à la seule force de ses bras et de deux petits moteurs d’aéromodélisme.

Le farceur s’est dénoncé lui-même dans une interview mais le plus troublant c’est qu’un site comme Wired Science, plutôt reconnu pour le sérieux de ses articles, a été le premier à relayer le scoop qui s’est avéré faux.

Il y a bien sûr cette frénésie presque pathologique du journaliste hanté par la crainte de manquer un scoop.

Il y a aussi une curieuse montée de la crédulité mise à rude épreuve par un tas de démonstrations brillantes qui ont toutes l’apparence de la vérité et qui envahissent la toile.

Elles chatouillent notre imaginaire au point de nous faire sombrer parfois dans l’irrationnel que ce soit par crainte ou au contraire par espoir fou de pouvoir se libérer des contraintes de la vie moderne et de la société.

Parce que nous ne sommes plus contraints à croire en je ne sais quel Dieu, serions-nous plus enclins à être crédule ?

A priori savoir quels sont les facteurs qui font d’homo sapiens un homo credens n’est pas forcément le même sujet que la crédulité qui peut frapper aussi bien des croyants que des athées.

Bien sûr les athées s’empresseront de qualifier les croyants de crédules.

Mais le fait est que les croyants (et le sentiment religieux) qu’ils s’appellent catholiques, protestants, juifs, musulmans, hindouistes ou bouddhistes (et j’en oublie sûrement) se retrouvent sur toutes les latitudes, dans toutes les cultures.

Il existe même des traces paléontologiques de l’universalité du  sentiment religieux (notamment à travers le culte des morts).

Les variations d’expression du sentiment religieux et de la foi sont sûrement culturelles mais il est probable que la proportion de croyants et d’athées n’ait pas tant tellement variée même si, comme pour l’homosexualité, la libération des mœurs et la liberté d’expression ont fait qu’il n’est aujourd’hui pas plus dangereux ni honteux de se déclarer athée que de se déclarer homosexuel (enfin presque partout si on exclut certains régimes dictatoriaux et certains milieux intégristes).

Certains psychologues soutiennent que la religiosité est une adaptation culturelle à deux traits fondamentaux de la personnalité, eux-mêmes partiellement exprimés dans le patrimoine génétique d’un individu : l’amabilité et l’esprit consciencieux qui seraient plus représentés chez les croyants.

D’après eux, il semblerait donc que les personnes altruistes, douces, confiantes, réfléchies, honnêtes, disciplinées et persévérantes (autrement dit de vrais saints pas tellement sexys) ne le sont pas parce qu’ils sont religieux mais sont religieux parce qu’ils ont ces caractéristiques plus que d’autres, qu’ils ont vécus très tôt dans un contexte familial et éducatif religieux et sont enclins par nature à maintenir fort le lien familial.

L’abbé Pierre était dans cette compassion au monde parce que c’était sa nature et non parce qu’il était l’abbé Pierre et d’ailleurs la relation n’est pas bijective puisque Coluche n’était pas frère Coluche tant s’en faut…

Toujours selon cette étude, aux non-croyants les qualités d’extraversion et d’ouverture à l’expérience regroupées sous le générique de plasticité, caractéristiques qui favorisent peut-être aussi une certaine forme de crédulité.

Reste qu’il est tout de même troublant que croyants et non-croyants puissent être aussi crédules lorsque des joueurs de flutes en tout genre nous font miroiter que les autres sont la cause évidente de nos difficultés.


Patrice Leterrier 

23 Mars 2012

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Par Patrice Leterrier - Publié dans : réflexions
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