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ne étude , publiée par des chercheurs de l’Université Concordia, de l’Université de Montréal et d’HEC Montréal (citée par Michel Alberganti sur son blog Globule et Télescope), fait apparaître que l’attachement contraint des employés à leurs entreprises peut conduire à une forme d’épuisement psychique.
Alexandra Panaccio, coauteure de l’étude écrit "les employeurs devraient peut-être tenter de minimiser chez leurs salariés l’engagement “par manque de choix”".
La question n’est évidemment pas de mettre en cause ce vœu pieux mais de regarder combien la dureté des temps a modifié la donne dans l’entreprise et sur le marché du travail.
Le chômage ne touche plus seulement le personnel sans qualification et les vieux que l’on souhaite pousser dehors.
Aujourd’hui même les cadres jeunes et bien formés sont menacés.
La pression permanente des actionnaires qui ont pris le pouvoir dans l’entreprise, la concurrence exacerbée par la mondialisation qui se moque bien de la pérennité de notre modèle social, le renchérissement des matières premières et des énergies fossiles, la frilosité des banquiers, tout concourt, au contraire, à augmenter ce sentiment de “manque de choix”.
Il semble arranger, dans un premier temps, des employeurs terrorisés par les actionnaires et libérés ainsi de la peur de perdre leurs meilleurs éléments et donc de la nécessité d’avoir une conception des relations humaines motivante et des politiques salariales incitatives.
Alexandra Panaccio ajoute «Il se pourrait qu’en l’absence d’un lien émotionnel avec l’entreprise, l’attachement par obligation soit vécu comme une forme d’endettement – une perte d’autonomie qui finit par être émotionnellement épuisante au fil du temps».
Quel piètre motivation que ce sentiment d’endettement alors que nous savons que notre seule chance de faire face à la montée en puissance des pays - dont ont continue à dire qu’ils sont émergeants alors qu’ils nous submergent littéralement – c’est la recherche et l’innovation.
Les entrepreneurs, s’il en reste encore quelques uns aux manettes, savent pourtant combien il est antinomique de faire cohabiter épuisement psychique et curiosité, culot, anticonformisme, droit à l’erreur qui sont des clefs essentielles de la créativité et donc de l’innovation.
Michel Alberganti cite dans son article le Baromètre Ipsos Edenred sur le "Bien-être au travail et la motivation des salariés français" qui indique que "si les salariés Français s’affichent comme les recordmen de la démotivation (40%, +2), le constat est plus mitigé : 86% se disent ainsi en parallèle «heureux dans leur travail » et «fiers de leur travail»".
Cette constatation est la plus sévère et la plus grave condamnation des dirigeants français puisqu’elle démontre- ce que l’on soupçonnait avec le taux de suicide dans des entreprises comme Renault ou France Télécom – que les lignes de management, pressées par des objectifs souvent contradictoires et irréalisables, ont complètement perdu de vue que les premiers "actifs" d’une entreprise, les seuls créateurs de valeur, ce sont les collaborateurs et qu’on ne peut pas sans risque pour le devenir même des entreprises les désespérer indéfiniment.
La bonne nouvelle étant que, malgré ces conditions souvent effroyables, ils n’ont pas perdu leur fierté et leur goût pour leur travail, ce qui laisse supposer que la situation pourrait être réversible pour peu que, ne serait-ce que par intérêt, les dirigeants oublient un peu les actionnaires et reconnaissent mieux leurs salariés, ce qui - in fine - pourrait aussi être dans l’intérêt des actionnaires…
Patrice Leterrier
5 avril 2012
