Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 15:53

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A 

lexandre Dumas fils disait :"Les opinions sont comme les clous ; plus on tape dessus, plus on les enfonce".

Convaincre l’autre, le persuader serait donc une entreprise vouée à l’échec en tout cas sûrement en matraquant l’autre d’arguments auxquels il n’a ni l’envie ni de raison d’adhérer sous la pression.

Pourtant nous sommes sans arrêt sollicités et nous même nous ne ménageons pas nos forces pour tenter de persuader les autres.

John Dick dans son livre l’art de convaincre en 15 leçons nous prévient qu’on ne peut pas entamer la conviction de ceux qui, habités par des croyances, vivent dans la pleine sérénité de la vérité révélée que rien ne peut ébranler.

Les croyances ne s’appliquent pas seulement à la religion. On les retrouve également chez les inconditionnels d’une marque ou chez certains militants persuadés de détenir les dogmes d’une vérité incontestable.

Le doute, pourtant si fertile, ne les habitent pas. Ils sont hermétiques à toute curiosité. Ils vivent dans la certitude même si certains prennent pour de l’ouverture d’esprit le fait d’écouter les autres avec l’indulgence voire la compassion que l’on doit à celui qui vit dans l’erreur.

Pour les autres, ceux dont on peut tenter de modifier l’opinion par l’art de la persuasion, que d’énergies, que d’argent, que de moyens dépensés pour les amener à partager une opinion.

La publicité, dont nous sommes aujourd’hui abreuvés comme jamais, nous en apporte une illustration flagrante.

Aujourd’hui les moyens utilisés pour tester l’efficacité des messages publicitaires sont de plus en plus sophistiqués.

Les annonceurs ne se contentent plus des traditionnels panels censés représenter la ménagère de cinquante ans ou je ne sais quelle autre catégorie socioprofessionnelle.

Ils font appel à ces nouveaux gourous que sont les neuromarketeurs qui prétendent pouvoir, à grand renfort d’IRMf, déceler l’impact réel des messages publicitaires sur le consommateur en intégrant le moment choisi pour nous transmettre le message c'est-à-dire notre réceptivité.

Doit-on s’inquiéter de ces manipulations qui agiraient sur notre inconscient pour arracher notre conviction ?

On se souvient du débat sur les images subliminales dans les films. Les travaux de Stanislas Dehaene sur l'accès à la conscience ont un peu démystifié le danger de telles pratiques en démontrant qu’elles ne peuvent pas entrainer un comportement comme dans un célèbre épisode de Columbo où des images subliminales poussent la victime à aller boire et se fait assassiner (Columbo saison 3 épisode 4 : Subconscient (Double Exposure)).

Le fantasme de la manipulation par ces images que l'on ne verrait pas est cependant tenace. Elles auraient même été utilisées dans la pub (McDonalds) et dans certaines campagnes politiques (Mitterrand en 1988 sur Antenne 2 et Mc Cain sur Foxnews pour les primaires USA en 2008).

Doit-on vraiment s’inquiéter de la montée en puissance spécialement aux Etats-Unis de cette vogue du neuromarketing ?

Olivier Oullier professeur au Laboratoire de Psychologie Cognitive de l'université Aix-Marseille semble nous rassurer en affirmant :"aujourd'hui les seules victimes du neuromarketing sont les patrons qui font appel aux agence de neuromarketing et qui ont leurs campagnes de pub surfacturées […] Le consommateur n’est pas plus ni moins manipulé qu’avant."

A vrai dire lorsqu’un message est adressé à quelqu’un dans le but de le convaincre il fait rarement seulement appel à sa raison mais plus souvent voire uniquement à son désir, à ses sentiments. Un message publicitaire joue toujours sur notre émorationalité quel que soit son efficacité.

La remarque d’Olivier Oullier ne règle pas pour autant les problèmes éthiques que soulève l’utilisation des neurosciences pour manipuler l’opinion des citoyens.

Ce souci est d’autant plus légitime qu’il s’agit de campagne de santé publique et qu’on choisit, au nom de l’efficacité, de prioriser des messages pour qu’ils ne se télescopent pas.

On pourrait par exemple privilégier la lutte contre le tabagisme à la sécurité routière.

On sait aujourd’hui étudier les mouvements des yeux d’une personne, ses expressions faciales pour déterminer l’impact de tel ou tel message. Il est tout à fait concevable techniquement de le faire sans le consentement du consommateur comme on peut plus ou moins imaginer "lire dans les pensées" à partir d’informations sur son activité cérébrale.

C’est à ce niveau que se situent les problèmes éthiques de violation de la liberté individuelle de chacun.

Peut-être un peu futuriste mais le futur d’aujourd’hui est tellement vite le passé de demain…


Patrice Leterrier 

7 mai 2012

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Par Patrice Leterrier - Publié dans : Sociologie
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 17:55

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L

e Diable demanda au charbonnier "Que crois-tu ?" et l’homme lui répondit "je crois ce que je crois".

Cette légende résume à merveille une croyance qui ne repose sur aucun argument théologique ou philosophique mais sur une intime conviction inébranlable.

A l’inverse, et même si certains philosophes prétendent le contraire, un neuroscientifique comme Stanislas Dehaene nous expliquerait que la moindre de nos pensées, de nos sentiments, de nos ressentis, de nos croyances qu’ils soient conscients ou inconscients, qu’ils s’agissent de cognitions ou de métacognitions trouvent leur totale explication dans le ballet fascinant d’une foule de neurotransmetteurs dansant agilement dans la cathédrale gigantesque que constituent les réseaux neuronaux dont la complexité dépasse l’imagination à la fois par leurs nombres astronomiques et leurs interconnexions incommensurables.

Bien sûr nous n’avons aujourd’hui que des bribes misérables de compréhension de ces mécanismes.

Peut-être même qu’un esprit s’observant ne peut intrinsèquement jamais se connaître complètement.

Par ailleurs l’observation même modifie l’objet qu’on observe.

Les scientifiques ne cherchent jamais autre chose que le comment "tout cela marche" alors que les croyances sont censées remplir l’énorme vide cognitif du "pourquoi" auquel aucun savant censé n’oserait répondre au nom de la science.

Depuis que nos ancêtres ont pris conscience que la vie était une histoire qui finissait mal, depuis qu’ils ont pris le soin d’enterrer leurs morts, le sentiment religieux semble inscrit peut-être dans le fonctionnement même de notre cerveau mais sûrement dans toutes les cultures du monde.

Greg Miller sur le site de Sciences semble démontrer que les pensées analytiques peuvent diminuer le sentiment religieux.

Les pensées analytiques ne peuvent évidemment pas justifier le sentiment religieux sauf au prix de contorsions permettant d’égarer notre sens critique.

Peuvent-elles vraiment ébranler la foi du charbonnier puisqu’elle n’a besoin d’aucune raison rationnelle pour se conforter ?

Du reste toute tentative de justifier rationnellement les croyances religieuses est vouée à l’échec quel que soit la sophistication des arguties mises en avant.

Les croyances sont en général éminemment respectables.

Elles doivent être respectées lorsqu’elles ne restreignent pas les libertés individuelles, qu’elles garantissent l’égalité entre les hommes (et les femmes) mais aussi tant qu’elles ne prétendent pas se mêler de sciences.

Les sciences n’ont pas grand-chose à dire sur les croyances si ce n’est peut-être un jour dans quelles zones du cerveau elles prennent naissance ce qui ne renseigne pas beaucoup sur les croyances elles-mêmes.

Ne dit-on pas "libre à vous de croire ?" comme argument qui prélude une démonstration visant généralement à démontrer le contraire alors que la liberté évoquée sonne comme un aveu d’incapacité à convaincre ou plus souvent comme une sorte de jugement un peu dédaigneux sur la faiblesse des croyances de l’autre.

Mais peut-être disons-nous aussi cette phrase parce que nous savons inconsciemment combien il est difficile de changer les croyances de nos semblables.

Mais croyez moi si vous voulez nous sommes loin d’avoir fait le tour du problème du mystère des croyances.


Patrice Leterrier 

29 Avril 2012

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Par Patrice Leterrier - Publié dans : réflexions
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Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 17:48

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E 

tonnante rencontre entre le monde internet tamisé au filtre de google et l’histoire de la pensée humaine que cette découverte hasardeuse d’une lettre de René Descartes dérobée au début du 19ème siècle par le mathématicien, bibliophile mais néanmoins kleptomane comte Guglielmo Brutus Icilius Timeleone Libri-Carucci dalla Sommaja, élu membre de l'Académie des sciences en 1833, peut-être en raison de son titre et de sa fortune.

Piquant rapprochement entre le nom Libri (livre en latin) de ce personnage et sa passion névrotique et pathologique des documents anciens.

Pour assouvir sa kleptomanie érudite, il intriguât pour se faire nommer secrétaire de la Commission du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France ce qui lui permit de dérober quelques 1 800 pièces manuscrites, lettres et livres de Galilée, Fermat et Descartes.

Son larcin découvert et sur le point d’être arrêté en 1848, le comte Libri choisit de fuir en Angleterre, où il vendit ensuite sa collection à Bertram Lord Ashburnham, grand collectionneur.

La collection fut rachetée en 1888 par la Bibliothèque nationale mais il y manquait une trentaine de lettres de Descartes dont celle découverte presque par hasard sur internet par le philosophe Erik-Jan Bos de l'Université d'Utrecht, au Pays-Bas.

Homo sapiens est d’abord comme l’affirme Nancy Huston Homo narrans, l’espèce fabulatrice qui construit sa réalité en la façonnant en permanence sous le burin tranchant des émotions qui rabote et lisse sans arrêt nos souvenirs.

Curieux destin que celui de l’homme qui, devant renoncer à trouver dans les textes sacrés une explication du monde qui l’entoure et de cette terre qui pourtant tourne, doit inventer le roman pour qu’il puisse se plonger dans des imaginaires qui sont souvent plus réalistes et plus rationnels que la réalité ressentie de son vécu c'est-à-dire la fable de sa vie.

Nancy Huston rejoint dans son analyse le point de vue des neurologues d’aujourd’hui et notamment celui d’Antonio Damasio lorsqu’il écrit "L’erreur de Descartes : la raison des émotions".

Le dualisme défendu dans l’œuvre de Descartes n’est certes pas la partie la plus moderne de l’enseignement de ce grand penseur.

Personne, du moins s’il prétend avoir une approche scientifique, ne peut contester que la physique et la chimie du cerveau sont les sources uniques de toutes les activités intellectuelles et en particulier de la conscience humaine.

Il reste que la magie de ces interactions permanentes et innombrables est encore, et peut-être pour toujours, assez mystérieuse et inaccessible à l’entendement humain.

Notre conscience de nous même, des autres et de notre monde ne précède pas nos actions comme nous pourrions le croire mais sont un tout petit sous ensemble d’un processus cybernétique et biologique d’une complexité fascinante dont nous ne découvrons, à force d’imageries médicales de plus en plus fascinantes, qu’une infime écume superficielle.

Sur son blog Frontal Cortex, Jonah Lehrer rapporte une expérience conduite par Neil Brewer, un psychologue de l’université Flinders en  Australie.

Elle démontre que les témoignages visuels sont d’autant plus fiables que l’on laisse peu de temps au témoin pour reconnaître un visage.

Lorsque le conscient intervient trop dans un témoignage visuel, le risque est grand qu’il déforme le souvenir pour le mettre en accord avec le désir conscient ou inconscient du témoin d’apporter une réponse tranchée à la question posée.

Illustrant cette impossibilité flagrante de séparer nos émotions de notre conscience, notre état de conscience des multiples activités inconscientes de notre cerveau, nos images construites par le cerveau de la réalité insaisissable, Nancy Huston affirme que "notre cerveau nous raconte des bobards".

La lettre retrouvée de René Descartes est un poignant témoignage de l’extraordinaire histoire de la philosophie, de ce "bobard" qu’est cette recherche acharnée, condamnée à l’échec et probablement unique à l’homme, du sens de ce court parcours qu’est la vie de chacun.


Patrice Leterrier 

21 Avril 2012

 

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Par Patrice Leterrier - Publié dans : réflexions
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