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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 09:52

Monseigneur Belsunce

Évêque de Marseille

1671 - 1755

Si vous prenez la peine de vous rendre jusqu’au parvis de la major à Marseille, vous pourrez admirer la statue de Monseigneur Belsunce, œuvre du sculpteur aixois aixois Joseph Marius Ramus. .

Savez-vous que cette statue a connu un parcours incroyable depuis la date où elle fut installée temporairement devant la future Major, en l’honneur du Prince-président Louis-Napoléon venu poser la première pierre de cette cathédrale le 26 septembre 1852 ?

Dès 1819, on trouve trace des velléités de la ville d’élever un monument à la gloire de l’auguste Prélat.

L’Administration sanitaire avait émis le souhait d’élever à ses frais « un Mausolée en l’honneur de Mgr de Belsunce » dans l’Église des Bernardines pour célébrer, le 12 juin 1821, le centenaire de la fin de l’effroyable épidémie qui décima près de la moitié de la population phocéenne et fit près de 100 000 victimes.

L’affaire ne se fit pas à cause « la situation pénible des Finances de la ville ».

En guise de statue, l’évêque n’eut droit qu’à une médaille commémorative œuvre du sculpteur Pierre Joseph Chardigny.

Ce n’est qu’en 1851 que l’idée de construire une statue à la gloire de l’Évêque fut reprise.

S’en suivit de longues délibérations d’octobre 1851 à fin Juillet de l’année suivante où l’on débat avec passion du sculpteur choisi (le préfet avait suggéré le nom de James Pradier), de la matière à employer (bronze ou marbre) et du lieu où devait être placée l’œuvre qui voyagea beaucoup avant même d’exister.

Finalement il est décidé «  qu'il y a lieu d'ériger une statue à Mgr de Belsunce ; Cette statue, coulée en bronze,[…], sera placée sur le Cours, à la hauteur de la rue Petit-Saint-Jean. Le prix en est fixé à la somme de vingt mille francs »

Tardivement le piédestal tout en marbre fut confié à Jules Cantini « moyennant la somme de 15 000 francs ».

Jules Cantini est plus connu des marseillais pour être le généreux donateur de la fontaine qui porte son nom se trouvant Place Castellane.

L’œuvre est achevée pour le voyage du prince-président en septembre 1852 et provisoirement installée pour l’occasion sur le parvis de la cathédrale.

L’inauguration officielle, sur le cours, maintenant éponyme de l’Évêque, se déroule pendant les fêtes de Pâques, le lundi 28 mars 1853.

En 1879, le moine bénédictin Théophile Bérengier, thuriféraire inconditionnel de l’évêque, rapporte : « On n’a pas oublié les scènes scandaleuses qui se sont produites à Marseille, en juillet de 1878, autour de la statue de l’admirable pontife »

L’évènement fut repris dans les journaux le Petit Cettois, et Ar Wirionez journal du Finistère et l’on peut y voir les traces des luttes enflammées entre légitimistes et républicains.

Le maire de Marseille de l’époque démissionna le 11 juillet 1878 à la suite de ces incidents.

Le 13 janvier 1891, le maire Felix Baret fait approuvé« le projet d'établissement d'une voie charretière au milieu des cours Belsunce et Saint-Louis»

Ces travaux effectués sur le cours Belsunce et le cours Saint-Louis eurent comme conséquence la nécessité de déplacer à nouveau la statue du Prélat.

Elle fut installée dans la nuit du 17 au 18 juin 1891 devant l’évêché alors demeure de l’évêque avant de devenir l’Hôtel de Police en juin 1908.

Elle ne trouvera sa place définitive devant la Nouvelle Major qu’en 1936.

En avril 1944 des résistants l’abritèrent sous des branchages dans un entrepôt du boulevard de Louvain. Ainsi, avec la statue du dresseur d’oursons, elle fut sauvée de la fonte.

Le 23 novembre 1944 l’œuvre retourna devant la Major et la statue fut découverte en fanfare et illuminée de lampions.

Selon l’historien marseillais Jean-Pierre Caselly, elle formait un binôme avec la statue de Victor Gélu, ornant la fontaine qui se trouvait Place Neuve (aujourd’hui Place Victor Gélu) qui fut fondue pour soutenir l’effort de guerre des allemands.

Le poète était représenté la main droite levée en train de déclamer un poème.

Les Marseillais prétendaient qu’il répondait au gens qui lui demandait de l’argent en leur disant « Non ! Je n’ai rien ! Allez plutôt demander à Monseigneur Belsunce ! » qui répondait les deux bras ballants le long du corps : « Allons ! Vous voyez bien que je ne peux pas ! Je n’ai plus rien ! »

De son attitude, bras ouverts et mains vides, vient aussi une expression typiquement marseillaise : Parlant d’un invité arrivant sans apporter le moindre présent à son hôte, on dit qu’il vient « comme Belsunce ».

C’est tout de même assez injuste envers la mémoire de ce personnage emblématique et indissociable de la grande peste qui s’abattit sur Marseille en 1720 quand on sait la générosité et l’engagement dont il fit preuve pour l’occasion.

 

Patrice Leterrier

31 Octobre 2016

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 18:54
Les jardiniers de Salonique

Si vos pérégrinations marseillaises vous amènent à faire un tour de corniche vous ne pouvez manquer d’admirer la monumentale arche élevée à la mémoire des héros de l’armée d’Orient et des terres lointaines.

Véritable "portique en plein ciel", ornée en son centre d’un croissant et d’une étoile, elle est l’œuvre de Gaston Castel, Grand prix de Rome et auteur de l’opéra municipal de Marseille reconstruit après sa destruction dans un incendie le 13 novembre 1919.

Les sculptures d'Antoine Sartorio, ornant les flancs, évoquent les combattants des armées de terre et de l’air et des figures féminines aux ailes massives symbolisent l’héroïsme.

En son centre une imposante statue en bronze, représentant la Victoire, s’élève tournée vers la mer les bras tendus vers le ciel.

Ce monument, chargé de toute l’histoire orientale de Marseille, que le Mucem nous rappelle si brillamment aujourd’hui, fût inauguré le 24 avril 1927 par le président de la République Gaston Doumergue.

Il se situe juste avant de franchir l’imposant viaduc (trois arches de dix-sept mètres d’ouverture sur cinq mètres de hauteur), construit par l’ingénieur Jean-François Mayor de Montricher entre 1861 et 1863, qui ferme l’horizon de la calanque du Vallon des Auffes dont nous avons la trace dans un tableau d’Auguste Aiguier peint en 1858 et intitulé Effet de soleil couchant au Vallon des Auffes.

Il la transforma "en un petit port urbain, flaque de mer prisonnière de la ville qui, entretemps, a mangé par ses immeubles la colline constituant l’arrière-plan du vallon" selon l’expression de Bertile Beunard.

Le 9 Octobre 1934 le roi Alexandre 1er de Yougoslavie devait s’y rendre pour déposer une gerbe lorsqu’il fût assassiné par le nationaliste bulgare Vlado Tchernozemski.

Ce monument atténue tardivement la blessure des survivants et des parents de ceux qu’avec mépris Georges Clémenceau avait qualifiés de "jardiniers de Salonique".

L’image de "planqués" faisant du jardinage sous le soleil de Salonique en Grèce restera longtemps ancrée dans l’imaginaire collectif des français alors que l’on glorifiait en contraste l’héroïsme des soldats du front français qu’un état-major cynique et incompétent avait envoyés au massacre sans vergogne.

L’initiative franco-britannique des Dardanelles en 1915, voulue par Winston Churchill, et qui se traduisit par un échec retentissant avec de lourdes pertes, ne connut qu’une réussite : l’organisation de l'évacuation vers les côtes grecques de quelques 100 000 hommes, 200 canons, 5 000 animaux, qui s’étendra du 18 décembre 1915 au 8 janvier 1916 sans la perte d’aucun soldat allié.

Les rescapés constituèrent avec les débris de l’armée serbe battue par une coalition austro-germano-bulgare et des éléments italiens et russes le noyau dur de l’armée d’Orient retranchée dans le camp de Zeïtenlick à Salonique.

Les soldats doivent s’y battre contre des ennemis sournois et dévastateurs : la dysenterie, la malaria, les maladies vénériennes le scorbut et le paludisme.

Le ravitaillement se faisant plus difficile, les soldats assèchent les marais et mettent les terres en culture ce qui leur vaudra le sobriquet de "jardiniers de Salonique".

Malgré les nombreux coups de butoirs des Bulgares en 1916, la guerre de position s’installe en 1917.

Il faudra attendre le 15 septembre 1918 pour que le Général Franchet d’Espérey lance enfin ses armées à la reconquête des Balkans.

Après des semaines de préparation le front est percé à la bataille de Dobro Pole cuvette d’altitude située sur la ligne de crêtes du massif de la Moglena, sur la frontière gréco-macédonienne actuelle.

Ce fût l’occasion de la dernière charge de cavalerie de l’Armée française : sous le commandement du général Jouinot-Gambetta, la brigade à cheval des chasseurs d’Afrique réussit un raid de plus de 70 km à travers les montagnes, à plus de 2.000 mètres d’altitude.

Le 29 septembre, les cavaliers prennent par surprise Usküb, la capitale de la Macédoine. Le soir même, les Bulgares sont acculés à signer un armistice.

Après le 11 novembre, une partie de l'armée d'Orient est redéployée à Odessa contre les Soviets en Ukraine. Ce n'est qu'en 1919 qu'elle est rapatriée et démobilisée.

Songez aux quelques 400 000 soldats qui ont combattu durant la Première Guerre mondiale dans les Balkans, aux 70 000 qui ne sont pas revenus, et aux près de 290 000 qui sont tombés malades.

Aujourd’hui dans le cimetière de Zeïtenlick à Thessalonique sur 35 hectares, reposent 8 310 corps de soldats français.

Qui se souvient aujourd’hui d’André Rimajou, d’Adolphe Morin, d’Henri Venner ou encore de Claudius Favet. Ils venaient d'Agen, du Puy, du Raincy ou de Grenoble ?

Qui pleurent Bakari Camara, Randriamanantsora ou Vu-Chung, tirailleurs sénégalais, malgaches ou indochinois et d’autres anonymes tunisiens, algériens, marocains, troupes indigènes jetées par la métropole dans le grand brasier de la première guerre mondiale ?

Alors peut-être ne passerez-vous plus devant le mémorial élevé sur la Corniche Kennedy à Marseille sans avoir une pensée pour ces oubliés de l’histoire.

Patrice Leterrier

20 août 2016

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 14:24
Le dresseur d’oursons

Le métier de montreur d’ours était déjà pratiqué depuis le Moyen-Age dans toute l'Europe, par les Tziganes ou Bohémiens.

Mais c’est à partir de la fin du XVIIIème siècle qu’il était devenu une spécialité, quasiment exclusive, des habitants de deux vallées ariégeoises: celles de l'Alet et du Garbet.

Au début, les oursons dressés étaient d'origine pyrénéenne, mais, très vite beaucoup d'oursons ont été ensuite achetés à Marseille où l'on trouvait des marchands d'animaux s'approvisionnant dans les pays des Balkans.

Est-ce pour cela que le jeudi 6 juin 1907 des montreurs d’ours et de singes offraient le spectacle devant le Palace Casino, situé à l’extrémité du deuxième Prado à Marseille ?

C’était un splendide établissement inauguré en 1888 où se déroulaient de somptueux diners spectacles réunissant toute la belle société marseillaise.

L’histoire ne dit pas si les portefeuilles des badauds assistant au spectacle restèrent dans leur poches ou opérèrent de rapides et insensibles migrations grâce à l’agilité des doigts de complices des forains….

Le sculpteur Louis Botinelly assista-t-il à une exhibition des montreurs d’ours en sortant d’une de ces réceptions éblouissantes que donnait Le Palace Casino ?

Toujours est-il que c’est à cette époque qu’il eut l’inspiration de son chef d’œuvre le Dresseur d’oursons, représentant un jeune saltimbanque à la carrure imposante entrainant deux petits ours à se tenir debout sur un ballon au son de son tambourin, pour laquelle il se donna corps et âme dès 1909.

Pour la réaliser il recruta un portefaix italien doté d’une musculature avantageuse, prénommé Vincent, qu’il avait remarqué aux Halles.

Pour le modèle de l’ourson Il choisit un plantigrade baptisé “Nenette” qu’il emprunte au dompteur Pézon, digne descendant de la famille Pézon.

Son aïeul Jean-Baptiste Pézon fournit à Auguste Bartholdi, l’auteur de la statue de la liberté, son fauve Brutus pour son lion de Belfort.

L’ourson jouera des tours pendables au sculpteur ne se laissant pas abuser par les ruses imaginées par l’artiste pour lui faire prendre la pose.

Alors qu’il essayait de le faire dresser sur ses pattes en lui tendant du pain imbibé de miel sur une perche, l’animal préférait s’aider d’un escabeau pour attendre sa récompense.

Il réussira tout de même à saisir les deux attitudes qu’il représentera sur l’œuvre.

On peut imaginer sans peine les crampes que dut avoir Vincent à prendre la pose les bras levés sur un pied tenant un tambourin dans sa main droite mais on ne sait pas quel salaire il reçut pour ses efforts méritoires.

Présentée au Salon de 1911, la sculpture de grandeur nature reçoit une médaille de 3ème classe, l’équivalent d’une médaille de bronze mais les espoirs de l’artiste d’un achat ou d’une bourse de l’État sont déçus.

Qu’importe ! Persuadé de la valeur de l’œuvre, le sculpteur décida de présenter au Salon une version en bronze.

Peu de grands bronzes figurent dans les expositions à cause du coût du matériau.

Comme il ne dispose pas des fonds nécessaires pour ce projet Jeanne, la jeune femme qu’il a épousée en 1908, lui procure le financement probablement avec l’héritage de Jean Veyan, son grand-père décédé en 1910.

L’œuvre est présentée au Salon de 1913 où elle fait forte impression.

Le 5 juillet, l’Institut lui décerne un prix d’une valeur de 1000 francs et l’État lui accorde enfin une prime d’encouragement, mais ne la retient pas dans la liste de ses acquisitions.

Ces récompenses méritées ne lui permettent pas de rentrer dans ses frais.

Pour finir la ville de Marseille acquiert l’œuvre le 23 août 1927, moyennant 25 000 francs.

En 1943, l’armée d’occupation allemande décide de récupérer le bronze du mobilier urbain. Elle fait enlever plusieurs statues dont le Dresseur d’oursons.

Sauvée de la refonte grâce à l’intervention du sculpteur, elle demeurera sur la place de la Bourse jusqu’au percement du parking Charles de Gaulle.

Elle est finalement érigée sur le parvis Saint-Laurent, en bordure de l’esplanade de la Tourette où on a une vue imprenable sur la bonne Mère et le fort Saint jean.

Comment peut-on parler de l’esplanade de la Tourette sans évoquer la grande peste de 1720 et le samedi 10 août de cette année où Mgr Belsunce donna devant le parvis de l’église Saint Laurent une messe entourée des patrons pêcheurs et des calfats ?

On se souvient aussi du fameux tableau de Michel Serre montrant le chevalier Roze sur sa superbe monture donnant ses ordres aux forçats, à qui on avait promis la liberté, de débarrasser l’esplanade de la Tourette d’un millier de cadavres qu’il fit jeter dans deux vieux bastions recouverts de chaux vive. Parmi les forçats cinq seulement survécurent.

Le Chevalier Roze fut atteint lui aussi par la peste, mais il en réchappa par miracle.

Des témoignages archéologiques de cet épisode ont été retrouvés sur deux sites (rue Leca, esplanade de la Major).

Dans les deux cas, il s’agit de sépultures dites “de catastrophe” dans lesquelles les corps sont jetés et couverts de chaux vive.

Patrice Leterrier

18 août 2016

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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 13:06
La tour du Roi René

Du haut de la tour du Roi René accessible depuis le fort Saint Jean si joliment remis en valeur dans la continuité du Mucem, vous pourrez admirer une vue magnifique sur le Vieux Port, un point de vue exceptionnel sur le Palais du Pharo, vestige des ambitions de Napoléon III de faire de Marseille le pendant méditerranéen de la villa Eugénie à Biarritz, mais aussi sur l’horizon qui se dessine au large de la rade de Marseille.

Ce point de vue fût celui qu’eurent les vigies qui guettaient l’arrivée de la flotte catalane conduite par le roi d’Aragon Alphonse V bien décidé à se venger de l’affront de sa défaite contre le comte de Provence Louis III d’Anjou à Naples sur son ennemi héréditaire Marseille.

C’était une douce soirée d’automne ce samedi 20 novembre 1423, « avant la fin de la lumière » comme le récitent les fervents catholiques à l’heure des complies.

Le sac, qui fut terrible, dura 3 jours. Les marseillais fuirent en masse.

Avant de partir, le roi fit exécuter douze des plus notables habitants de la cité phocéenne au large d’Endoume sur un rocher déchiqueté qui porte depuis le nom de l’île des pendus.

Outre un butin conséquent, le roi emporta les reliques de Saint Louis d’Anjou qui furent restituées à Marseille plus de cinq cent ans après le 24 juin 1956 et la chaine qui barrait l’entrée du Lacydon et que l’on peut toujours voir sur les murs de la cathédrale de Valence.

Pour expliquer l’incroyable facilité avec laquelle Marseille fut prise, les historiens parlent de suffisance moqueuse, de grande nonchalance ou encore de « négligence joincte à un trop impudent mespris » comme le rapporte Christian Maurel.

Cet épisode dramatique modifia profondément la société Marseillaise et entretiendra une haine tenace contre « ces chiens de Catalans » de la part des marseillais.

Il laissa aussi en ruine la tour de vigie aussi appelée la Tourette ou tour Maubec que le conseil de la ville avait officiellement baptisée Tour Saint Jean dans une délibération de 1320.

C’est le bon roi René d’Anjou, comte de Provence, frère de Louis III d’Anjou (le vainqueur de Alphonse V d’Aragon), qui, désireux d'assurer plus efficacement la défense du port, décida d’offrir à la ville de Marseille une nouvelle tour pour protéger la ville.

La construction dura six ans de 1447 à 1452.

Elle fut confiée à l'ingénieur Jean Pardo qui conçut les plans et à Jehan Robert, maçon de Tarascon en charge des travaux.

La tour, d’une hauteur de 28,50 mètres, comporte 4 salles desservies par un escalier à vis de 147 marches. Le toit-terrasse a une superficie de 180 m2.

Construite en calcaire provenant des carrières de la Couronne, la tour prit le nom de Tour du Roi René qu’elle porte encore aujourd’hui.

Elle reprit les fonctions de surveillance, de défense et d’acquittement des droits de péage qu’avait précédemment la victime de la colère d’Alphonse V d’Aragon.

Devant l’impécuniosité du roi René les travaux sont interrompus alors que seules les fondations du piédestal étaient sorties de terre.

C’est finalement avec les 2000 florins apportés par la communauté marseillaise et les 1200 de la confrérie des pêcheurs que les travaux ont pu être achevés.

La ville y gagna des nouveaux privilèges dont la franchise des droits de lods, dus au suzerain lors de la vente d’un bien foncier.

Les pêcheurs se virent concéder à perpétuité la propriété de la calanque de Morgiou avec le droit exclusif d'y établir une madrague pour la pêche au thon et la création d’un tribunal pour leur confrérie, le premier prud’homme de pêcheurs en France confirmé par Louis XI en 1481.

Si vous avez le courage de gravir les dernières marches qui conduisent au sommet de la tour, tout en admirant ce site unique, pensez en regardant au large à la frayeur qui s’empara des guetteurs lorsqu’apparût sur l’horizon les silhouettes des 18 galères et des 12 vaisseaux de charge que conduisait un Alphonse V d’Aragon les yeux vengeurs rivés sur sa future proie.

Patrice Leterrier

15 août 2016

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 13:31
Massilia

A contempler la majesté du site, on peut facilement imaginer l’émotion qui saisit Simos et Protis lorsque leurs deux pentécontores arrivèrent en vue de la calanque du Lacydon.

L’origine du nom de ce qui est aujourd’hui plus communément connu sous celui de Vieux Port, reste assez mystérieuse.

Adrien Blès , membre de l’académie de Marseille et auteur du Dictionnaire historique des rues de Marseille, l’attribue à une Source qui coule des hauteurs de la butte où se trouve l’ancien Hôtel-Dieu maintenant transformé en un Hôtel de luxe qui domine le Lacydon.

Nos vaillants navigateurs touchaient enfin au but.

Celui de conquérir ce lieu privilégié connu des navigateurs phocéens pour son cadre exceptionnel.

Leur ambition était d’y fonder un comptoir pour élargir l’influence de leur peuple de pêcheurs mais aussi de pirates, ce qui à l’époque était une activité noble.

Ils procédaient en quelque sorte de la même motivation que ces réfugiés qui font aujourd’hui si peur à certains de nos compatriotes.

Ils avaient, avant d’atteindre la Provence, rencontré en remontant le Tibre le roi Tarquin, surnommé le Superbe à cause de son caractère orgueilleux et violent, qui régnait alors sur la Rome naissante pour conclure avec lui un traité d'amitié.

Malgré leur surprise de ne voir déboucher que des marécages dans le Lacydon alors qu’un fleuve constitue un atout important pour bâtir une ville, ils décident, charmés par la beauté naturelle du lieu, de mettre pied à terre et de partir à la découverte du lieu.

Les Ségobriges, un peuple celto-ligures, qui s’étaient approprié ce lieu comme territoire, avaient vu arriver du haut de leur campement situé sur les hauteurs d’Allauch les majestueuses galères des phocéens.

Ils avaient un roi qui s’appelait Nannus et qui préparait un grand banquet en l’honneur de sa fille, la princesse Gyptis qui devait choisir le jour même son époux en lui apportant une coupe de vin.

Nannus en bon diplomate invite ces visiteurs grecs qui ne marquent aucun signe d’hostilité envers les autochtones.

A la surprise générale, la princesse Gyptis, probablement subjuguée par le charme grec indéfinissable et si différent d’un Protis placé sous la protection d'Artémis, la grande déesse d'Ephèse aux dix-huit mamelles, lui tend la coupe qu’il accepte scellant ainsi le destin pacifique de l’implantation des phocéens en ce lieu.

Le roi pour célébrer cette union offrit aux phocéens ce lieu béni des Dieux pour fonder Massilia.

Les Phocéens se sont parfaitement intégrés, sans renoncer ni à leurs rites ni à leurs coutumes, aux Ségobriges.

Ils ont fièrement combattus à leur côté pour défendre Massalia de leurs voisins, envieux du développement spectaculaire de la ville.

C’était aux alentours de l’an 600 avant Jésus Christ et cette légende d’une conquête basée sur l’amour et la tolérance a probablement était enjolivée dans la mémoire des descendants de ces conquérants.

Elle évoque aujourd’hui, dans ces temps où l’on se déchire dans la haine, l’intolérance, le fanatisme religieux, une belle illustration du vivre ensemble dans le respect des traditions de chacun et de la puissance de l’amour sur le destin des hommes et femmes qui y croient.

Patrice Leterrier

20 juillet 2016

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 09:46
Einstein avait raison

C’est une véritable onde de choc qui traverse la communauté des astrophysiciens qui poursuit les ondes gravitationnelles depuis un siècle.

Une minuscule différence d’un dix millième de la taille d’une particule élémentaire (soit environ 10exp(-19) m ou si vous préférez 1/10 de milliardième de milliardième de mètre ou encore 1/10 d'attomètre ) sur la distance parcouru par un rayon laser émis dans un tunnel de 4 km (voir la photo) et qui fait 75 aller-retours soit une distance de 250 km démontre le passage furtif mais sans ambiguïté d’une onde gravitationnelle déformant l’espace-temps sur son passage un peu comme le fait une barque se déplaçant sur un plan d’eau parfaitement calme.

Cette vibration si discrète n’a duré guère plus que deux dixième de seconde. Elle a été détectée le 14 septembre 2015, à 11h51 (heure de Paris) et mesurée simultanément par les deux interféromètres laser géants de l’expérience américaine LIGO (Laser Interferometer Gravitational-Wave Observatory) situés l’un en Louisiane et l’autre dans l’État de Washington à 3 000 kilomètres du premier.

On parle déjà de prix Nobel pour cette découverte tellement attendue par le monde scientifique depuis que le génial Einstein avait théorisé l’existence de ces mystérieuses ondes gravitationnelles.

Et quand on pense au cataclysme stellaire (coalescence de deux trous noirs qui font une trentaine de masses solaires chacun situés près de 1,3 milliards d’années-lumière de la terre) qui a permis cette découverte, on mesure (si j’ose dire) les difficultés qu’ont dû surmonter les chercheurs pour attraper ce minuscule tremblement dans un instant d’éternité !

Comme l’écrit Hervé Morin rapportant les propos du physicien théoricien Thibault Damour, spécialiste de la relativité générale à l’Institut des hautes études scientifiques de Bures-sur-Yvette (Essonne) « On «attrape» la fin du signal – 0,2 seconde – qui a voyagé pendant plus d’un milliard d’années avant d’arriver sur terre ! »

Le physicien fait aussi remarquer que cette découverte est aussi et peut-être d’abord la première preuve directe de l’existence des trous noirs « mais aussi de la dynamique de l’espace-temps quand deux trous noirs fusionnent, ce qui est une confirmation de la théorie d’Einstein à un niveau inégalé. »

Voici un record battu en termes de durée pour vérifier une théorie. La théorie d'Einstein date de 1915 et il a décrit l’existence de ces ondes en juin 1916 comme conséquence de la relativité générale.

Il a donc fallut attendre un siècle alors qu’il a fallu seulement 50 ans pour prouver l’existence du boson de Higgs prévu par plusieurs physiciens dont Peter Higgs en 1964.....

L’agence spatiale européenne s’est lancée dans un programme ambitieux baptisé eLisa (evolved Laser Interferometer Space Antenna) destiné à ouvrir une nouvelle fenêtre d’observation à horizon 2030 sur les trous noirs supermassifs, et peut-être sur le Big Bang lui-même.

Il prévoit l’utilisation de 3 satellites capables de mesurer sans perturbation, inévitable sur la terre, les minuscules soubresauts de l’espace-temps avec des interféromètres laser.

Le satellite LISA pathfinder, lancé en décembre 2015 pour tester la faisabilité de l’opération, a rejoint le point de Lagrange à 1,5 million de kilomètres de la Terre le 22 janvier dernier.

Outre cette initiative et le désormais célèbre programme LIGO, de nombreuses expériences sont en cours dans le monde (Advanced VIRGO en Italie, KAGRA au Japon,…) pour traquer ces minuscules vibrations.

Il faudra attendre qu’un évènement significatif puisse apporter une nouvelle manifestation des ondes gravitationnelles.

Hélas des évènements comme cette fusion de deux trous noirs ou l’explosion d’une supernova qui s’est produit en février 1987 à seulement 170 000 années-lumière de la terre sont rares.

La découverte des ondes gravitationnelles ouvre une nouvelle voie pour l’astronomie.

Elle avait fait l’objet d’une découverte non confirmée à la fin des années 1960 par le physicien Joseph Weber avec sa barre de 50 cm de diamètre sur 2 m de long.

Plus récemment en mars 2014 l’expérience BICEP-2 avait fait une annonce prématurée de la trace d’ondes gravitationnelles à partir d’une analyse erronée du fond diffus cosmologique.

Aucune voix ne s’est élevée à ce jour pour contester ni l’importance ni la fiabilité de l’annonce, faisant probablement du 11 février 2016 une date capitale dans cette passionnante quête de compréhension de l’univers.

Patrice Leterrier

12 février 2016

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 22:39
2016

Voilà donc l’«annus horribilis» 2015 qui s’est effacée laissant les traces encore sanguinolentes de la barbarie dans nos esprits.

Au 31 décembre 2015 il s’était écoulé depuis le début de l’ère chrétienne, qui nous a très largement offert de nombreux et multiples exemples des horreurs que l’on peut perpétrer au nom de Dieu, très exactement 735 964 jours soit 105 137 semaines et 5 jours.

L'année 2016 sera-t-elle de début d’une période moins brutale ?

Chacun sait en tout cas que sa décomposition en nombre premier, qui donne 2 puissance 5 * 3 puissance 2 * 7, est particulière.

Ce millésime étant un multiple 7, il se sera écoulé au 31 décembre 2016 depuis le premier jour de notre ère 736 330 jours soit 105 175 semaines complètes.

Le calcul de ce nombre de jours est compliqué par le fait que le pape Grégoire XIII a supprimé 10 jours du 4 octobre 1582 au 15 octobre pour maintenir les saisons aux mêmes dates telles que fixées en 325 au concile de Nicée.

Il fixait en particulier l'équinoxe de printemps au 21 mars et définissait la date de Pâques, en liaison avec l'équinoxe : "le dimanche qui suit le quatorzième jour de la lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après". Ne cherchez pas pour l’année 2016 cela fixe Pâques au dimanche 27 mars.

Ces 10 jours supprimés n’ont pas été les mêmes selon les pays.

En France Henri III choisit de passer du 9 décembre au 20 décembre 1582, l’Angleterre attendit septembre 1752, la Suède 5 mois plus tard, l’ex URSS fit sa révolution calendaire en 1918 en retirant 13 jours, ce qui fait que la révolution d’Octobre si chère à Jean Ferrat eut en fait lieu en novembre.

La Pologne fit la même opération un an plus tard et il fallut attendre l’année 1920 pour que les derniers retardataires (Bulgarie, Grèce, Monténégro, Roumanie, Serbie) s’alignent avec le calendrier Grégorien. La Turquie fit de la résistance jusqu’au 1 janvier 1927.

Ainsi Isaac Newton est né soit le 25 décembre 1642 selon le calendrier anglican en vigueur à l’époque mais nous étions chez nous le dimanche 4 janvier 1643.

Selon ce calcul nous pouvons donc affirmer que le 1 janvier de l’an 1 de notre ère aurait été dans notre calendrier actuel un dimanche ce qui consacre le jour du seigneur.

La France depuis 1582 a utilisé le calendrier grégorien si on excepte la période du calendrier révolutionnaire qui s’appliqua du 22 septembre 1792 au 31 décembre 1805, soit 13 ans et 3 mois, puis la courte parenthèse de la Commune de Paris du 6 au 23 mai 1871 (du 16 floréal au 3 prairial de l'an LXXIX).

Nul doute que ces précisions arithmétiques et mes meilleurs vœux vous aideront à espérer une année plus calme mais je précise que je ne rembourse pas l’aspirine….

Patrice Leterrier

4 janvier 2016

14 du quartidi décade II du mois de Nivôse de l’an CCXXIV

22 décembre 2015 de l’année julienne

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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 21:10
Un monde façonné

Quand dans le début des années 2000, la croissance exponentielle des sites comme google ou Facebook a définitivement imposé le modèle économique de la gratuité sur internet, on pouvait penser que cette gratuité rimait avec une nouvelle ère de liberté, un accès généralisé à l’information sans la barrière de l’argent.

En réalité on fabriquait ainsi un mode façonné par des algorithmes. En refusant de payer nous avons vendu, non pas notre âme au diable, mais bien notre profil de consommateur à ces énormes citadelles qui filtrent pour nous l’accès que nous avons à la consommation y compris celle de l’information et la culture.

L’objectif étant de garder le maximum d’utilisateurs les génies du marketing algorithmique cherchent à cerner au plus près nos goûts, nos préférences pour nous proposer les produits qui correspondent le mieux à notre profil de consommateur.

Au fond ils nous installent dans un conformisme assez rassurant qui ne peut que conforter la pertinence de nos choix et nous installer dans une vision du monde en parfaite harmonie avec nos désirs.

La multiplicité des choix offerts nous donne l’illusion d’une grande liberté alors qu’elle n’est là que pour nous renforcer dans notre assurance de faire les bons choix.

Les amis qu’ils nous proposent sont en accord avec nos opinions, les produits qu’ils nous vantent correspondent à nos goûts et nous abandonnons la confrontation des opinions, la découverte d’une œuvre bousculant nos convictions et nos goûts avec ce droit dérisoire de cliquer « I like » puisque ce qui est important c’est de cerner nos goûts pour nous y vautrer sans complexe plutôt que de se confronter à l’autre pour s’enrichir de l’altérité.

Comme écrit sur le site themediashaker.com « Cela fait 10 ans que les industries culturelles et créatives sont en première ligne de la révolution digitale. Nouvelles plateformes de distribution (Google, Amazon, Apple…), nouveaux supports multimédias (écrans connectés, PC, tablettes, smartphones, consoles…), nouveaux services numériques (téléchargement, streaming…) : les contenus - films, musique, jeux vidéo ou livres – doivent être désormais disponibles tout le temps, partout et sans contrainte (“any time, anywhere, any device”). En permettant un accès immédiat et simultané à une variété infinie de contenus, la révolution numérique bouleverse dans le même temps l’écosystème des médias ».

Elle nous fait passer de l’époque où les opinions se confrontaient à travers des journaux d’opinions, les conversations du café du commerce, les débats entre amis à celle d’une information filtrée qui nous propose prioritairement ce qui nous ressemble le plus et par conséquent offre la plus grand probabilité que nous cliquions sur un choix proposé pour remplir les caisses de ces géants contrôleurs efficaces de notre navigation sur internet.

Au fond en acceptant de payer de nouveau comme par exemple sur le site du pureplayer Mediapart, nous reprenons le droit d’être confronter à des opinions qui n’ont pas été façonnées pour nous plaire.

L’apprentissage n’est pas dans la répétition des gestes et pensées que nous maîtrisons mais bien dans la confrontation à la nouveauté, au monde, aux autres, à l’expérience nouvelle.

Patrice Leterrier

28 Juillet 2015

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 18:58
Surveillance et démocratie

Dans l’indifférence presque générale, les députés viennent d’adopter en première lecture le 5 mai 2015 la loi sur le renseignement. Ils l’ont fait massivement par 468 voix pour et 86 contre.

Au passage il y a eu 42 abstentions.

Il est difficile de comprendre qu’un représentant de la nation puisse ne pas avoir d’opinion à moins qu’il s’agisse d’un aveu d’incompétence ou pire d’un désintérêt pour un sujet de cette importance.

Comme l’écrit Thierry Vieville sur son blog «Depuis mardi 5 mai, la France est donc techniquement un état policier.

- On peut pister, ouvrir et lire mes courriers (je n'en ai plus qu'électroniques). On peut surveiller tout ce que je lis, écris, visionne ou écoute (je ne le fais plus que numériquement). Et l'administration a un pouvoir d'investigation qui échappe au pouvoir judiciaire. Pouvoir dont les multinationales américaines qui ne se privent pas d’espionner massivement nos entreprises et nos états, d’analyser nos données personnelles dispose déjà. Il ne s'agit pas ici de faire le procès d'un seul gouvernement.»

Mathieu Nebra analyse cette situation préoccupante comme le résultat de deux faillites des scientifiques :

  • les députés ne maîtrisent pas suffisamment les impacts technologiques de cette loi et ses répercussions sur l’écosystème numérique
  • les citoyens ne perçoivent pas les enjeux de cette loi.

Ce n'est hélas pas le seul domaine dans lequel la démagogie des politiques et l'ignorance et le désintérêt du public conduit à un arbitraire démagogique.

La prise en otage de la science au nom d'un soi-disant intérêt général, voire d'un principe de précaution dévoyé de son sens, est monnaie courante de nos jours que ce soit dans le domaine numérique, comme dans le cas de cette loi dangereuse, mais aussi par exemple dans le domaine des ondes électromagnétiques, des sources énergétiques ou encore celui de organismes génétiquement modifiés,...

La République, la Res Publica (tiens du latin?) au sens premier du terme, s'il n'est pas trop galvaudé aujourd’hui, aurait grand intérêt à consacrer des crédits spécifiques pour que le monde scientifique puisse, comme le font les industriels, faire du lobbying auprès de nos élus pour éviter qu'ils ne votent avec le bandeau de l'ignorance sur les yeux.

La vulgarisation scientifique, au sens noble du terme, si on peut dire, concerne tout le monde et au premier chef ceux qui ont à définir le cadre juridique dans lequel nous pourrions vivre en confiance mais aussi en sécurité dans le grand maelstrom numérique qui a envahi la planète en moins d'un quart de siècle.

D’ailleurs le problème de la désappropriation de nos échanges et de nos données personnelles ne concerne pas seulement la «surveillance étatique» que la loi nouvellement votée semble vouloir organiser.

Comme l’écrivent Serge Abitboul, Benjamin André et Daniel Kapla «Allons-nous continuer à nous contenter d’un Web dominé par des oligopoles, le profilage des individus, la surveillance généralisée ? Est-ce que notre perte de contrôle sur nos propres données nous conduira de plus en plus à devenir les produits passifs d’une économie numérique mondialisée ?»

Curieuse façon en tout cas pour nos élus de célébrer le 70ème anniversaire de la libération que de voter cette loi liberticide et inefficace?

Patrice Leterrier

17 mai 2015

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 09:20

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Q

 

u’est-ce qui fait que le primate que nous sommes a, depuis l’origine, besoin de faire référence à une puissance divine pour expliquer l’ordre apparent du monde ?

La philosophe Susanne K. Langer résume assez bien la première des raisons de cet état de fait en affirmant que les hommes ne peuvent pas se satisfaire du chaos et que les croyances surnaturelles résolvent le problème de ce chaos en fournissant du sens.

L’expérience intuitive nous incite, dès la prime jeunesse, à séparer l’esprit du corps.

Nous pensons posséder un corps plutôt que de réaliser, du moins intuitivement, que nous sommes un corps.

La tradition dualiste incarnée par René Descartes permet d’envisager des corps sans esprit, des animaux conçus comme des «machines» mais aussi des esprits sans corps donnant par exemple un monde rempli d’esprits, plus tardivement dans la tradition chrétienne et musulmane un Dieu omnipotent et dans toutes les religions un sens à la mort depuis des millénaires comme en témoignent les rites funéraires que nous partagions déjà avec l’homme de Neandertal.

Le psychologue américain William James souligne que le sentiment religieux, le rapport à Dieu n’est pas le même pour tous.

Dieu, du moins dans toute les religions monothéistes, est par définition inconnaissable, il est «caché», comme l’écrit Pascal.

Dès lors le mystique absolu n’aura pas la même relation à Dieu que le croyant qui y trouve un réconfort moral, des valeurs ou encore un modèle de conduite, ni que l’intégriste pour qui la croyance est la soumission inconditionnelle au dogme.

Au final le succès des religions n’est pas réductible à un insaisissable sentiment religieux mais englobe un vaste champ d’émotions et de représentations mentales qui ont probablement contribué au succès évolutif d’Homo sapiens.

L’adhésion à une pratique religieuse couvre aussi une grande diversité de motivations.

Pour certains c’est la recherche d’appartenance, d’intégration à un groupe de croyants qui apporte un soutien psychologique et social.

D’autres y trouvent un sens à la vie, une raison d’être.

Certains recherchent une véritable intimité, une impression d’être en relation personnelle avec Dieu apportant des expériences émotionnelles fortes qui provoquent un vif sentiment de plaisir et de valeur personnelle, une sorte de sublimation de la réalité.

De nos jours la conversion à l’Islam de certains jeunes en errance est souvent motivée par un rejet du christianisme, la religion des anciens pays colonisateurs, au profit d’une religion vécue comme la religion des opprimés, des laissés pour compte de notre société.

L’appartenance est moins motivée par une analyse souvent plus que sommaire des textes sacrés que par la volonté d’appartenir à un groupe qui refuse la domination d’un monde sans majuscules, comme le dit Régis Debray, un monde dominé par «matérialisme, corruption, et décomposition» comme l’affirme Pierre Hassner, un monde où les valeurs s’effacent devant la toute-puissance de l’économie, un monde où 1% de la population détiendrait 50% de la richesse.

Elle donne le sentiment rassurant d’appartenir à une élite. Elle justifie l’intolérance, et la lutte contre le mal.

Freud faisait déjà remarquer qu’on devient fanatique pour combattre une insécurité, une peur du monde extérieur, un sentiment d’impuissance que l’on refuse de s’avouer et d’assumer.

Au nom du bien, de la conformité aux idéaux islamistes, lecture plus que discutable du Coran, se trouvent légitimés et même sacralisés le terrorisme et la violence guerrière.

L’«autre», qui ne reconnaît pas LA vérité, n’est plus tolérable. La critique est vécue comme une blessure narcissique, un désaveu de la sacralisation des croyances.

La religion sombre dans le fanatisme engloutissant toutes les valeurs démocratiques, toute altérité, devenant un refuge vertigineux dont la seule issue semble être le sacrifice de sa vie.

Doit-on rappeler que c’est au nom de dieu que l’on a probablement tué le plus grand nombre d’hommes dans l’histoire de l’humanité ?


Patrice Leterrier

21 Janvier 2015

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